La bataille des primaires

Publié le par Fred

Après la synthèse du congrès du Mans, on croyait le Parti socialiste sorti des querelles intestines qui l'empoisonnaient depuis un an, et disposé à se consacrer à plein temps à son (tant attendu) projet avant l'ultime combat programmé pour novembre 2006. Il n'en est rien. Car un nouveau débat interne, importé d'Italie par le Nouvel Observateur, n'en finit plus de polluer la tranquillité de François Hollande. Au rythme des prises de positions contradictoires dans les médias, il va bientôt falloir organiser des primaires pour savoir si l'on doit organiser des primaires...


Pourtant, le sort de primaires "à l'italienne" semble scellé depuis longtemps. De ce modèle, Laurent Joffrin retenait l'opportunité de présenter une candidature unique de la gauche de gouvernement, afin d'éviter que ne revienne le "spectre d'avril 2002". Mais sur ce point, la messe est dite : les Verts se sont prononcés pour une candidature autonome qui pourrait prendre le nom de Bové, le PCF voit son salut dans une alliance nonniste avec la LCR, et même Chevènement, que l'on croyait retombé dans le coma en 2002, est repartant pour un tour... Resterait une primaire entre le candidat du PS, celui des radicaux et sans doute un vert dissident comme Voynet. Dans ces conditions, on imagine mal le suspense mobiliser les foules et créer un effet de dynamique à l'italienne, où le rapport de force entre partis est tout de même plus équilibré.


Resterait alors l'hypothèse - que seuls Kouchner et Lang semblent demander - d'une primaire pour désigner le candidat socialiste. Cela n'aurait à vrai dire pas le même sens : il ne s'agit plus d'assurer l'unité de la gauche, mais de légitimer un candidat socialiste que sa seule désignation par le PS ne suffirait à assurer faute de leader naturel. Contrairement à une idée largement entendue, il ne s'agit pas d'une question de nombre : les 120 000 militants socialistes ne valent pas moins que les échantillons de 1 000 personnes que les médias utilisent à longueur de temps pour établir ce que "veut" une opinion qui, hors campagne électorale, a en réalité d'autres chats à fouetter. Avant de sombrer dans la Segomania, souvenons nous des Balladur élu au premier tour en 1995 et des Le Pen à moins de 10% en 2002, devancant tantôt par Chevènement, tantôt par Laguiller... Le véritable problème que pose la désignation par les militants, c'est leur manque de représentativité (plus vieux, masculin, diplômé et fonctionnaire que leur électorat) qui a conduit au divorce entre le Parti socialiste et ses sympatisants sur le TCE.

 

Cette hypothèse des "primaires socialistes" ne doit toutefois pas être totalement écartée. Elle présenterait en particulier l'avantage de mettre au coeur du débat médiatique les thèmes de campagnes du PS sur lequels la droite aurait à se positionner, tandis que l'élection de 2002 ne s'est jouée que sur un terrain sécuritaire avec le résultat que l'on sait, et que le président-candidat de l'UMP aimerait tant reconduire... Mais ce débat nécessaire - non seulement pour la gauche, mais pour la France - sur l'emploi, l'éducation, l'intégration, le développement durable ou la mondialisation aurait de toute manière lieu au sein du PS dans le cas d'un vote militant. Je crois profondément que le statut de militant a un sens.  En établissant que "les partis et groupements politiques concourrent à l'expression du suffrage", la constitution leur assigne non le privilège, mais la responsabilité de choisir les candidats aux fonctions électives. Je crois donc légitime qu'ils assument cette responsabilité devant le peuple qu'ils doivent convaincre du bien fondé de leurs positions, au lieu de vouloir "suivre" l'opinion.

 

Au fond, la question de la légitimité ne se poserait pas si les partis devenaient représentatifs en élargissant leur recrutement de militants et en incitant ceux qui souhaitent participer à la décision de devenir eux-mêmes militants. Ce n'est bien sûr pas une démarche anodine : en "s'encartant", nombre de nos concitoyens pensent qu'ils abdiqueront une part de leur liberté, sans pour autant peser davantage sur les orientations prises "en haut". La réflexion sur la nécessaire réforme de leur fonctionnement doit être mené pour en faire de véritables boîtes à idées fondées sur une démocratie participative et transparente. Et de ce côté là, l'exemple italien a quelque chose à nous apprendre. Car avec la Fabrica, la gauche transalpine a su replacer le peuple au coeur de la formation de son corpus idéologique et de sa traduction programmatique, tout en assumant les choix de ce qu'il y avait à en retenir, à approfondir, ou à écarter. Les fabricas existent aujourd'hui à gauche : elles sont dans les associations, dans les syndicats, dans les universités et de plus en plus, sur Internet. Il appartient au PS de se saisir de ces espaces de débat et de formation des idées pour que ses électeurs s'y reconnaissent, et se saisissent de la carte rouge marquée du poing et de la rose.

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Fred 06/01/2006 12:46

Changement de pied, JP Chevenement s'est déclaré ce matin favorable aux primaires à gauche, mais selon un nouveau modèle : ouvertes à tous sans intervention des partis.
Sur ce modèle, on peut se retrouver avec 5 candidats PS, 2 verts, 2 PCF, 1 MDC, 1 radical... et pourquoi pas 3 trotskistes... Un beau spectacle de déchirement en perspective.