L'imposture majoritaire

Publié le par Fred

Parmi les nombreuses querelles « d'anciens » et de « modernes » qui ont rythmé le congrès socialiste, l'une des plus obscures pour le grand public mais des plus importantes pour les militants est celle qui concerne la nature de notre constitution partisane. Notant avec étonnement le système hybride qui régit notre parti - élection du « parlement », le Conseil national, à la proportionnelle et du premier secrétaire au scrutin majoritaire – plusieurs  journalistes et observateurs ont récemment pris parti pour ce scrutin majoritaire au nom de la « modernité » de la 5e république contre le « régime des courants » inspiré selon eux de la 4e. Ils reprennent ainsi à leur compte l'un des thêmes de Ségolène Royal qui, contestant l'existence de ces courants (Désir d'avenirs serait d'ailleurs un « mouvement » qui n'a rien à voir avec les autres...) défend une réforme statutaire allant dans le sens d'une présidentialisation. Expert de ces questions et proche de Ségolène Royal, Gaëtan Gorce en a exposé en avril les grandes lignes, à savoir l'élection du premier secrétaire avant le congrès, et l'abolition des motions au profit d'une consultation directe des militants sur le projet de ce premier secrétaire...

 

Force est de constater que dans la nuit de vendredi à samedi, la « modernité » de cette élection au scrutin majoritaire a pris du plomb dans l'aile et plongé notre parti dans la tourmente. C'est la démonstration de ce que – parmi les opposants à ce système – je craignais : la présidentialisation des institutions et la personnalisation des débats est un profond ferment de division. Pire, conduisant l'ensemble des acteurs à s'organiser de façon à prétendre à la victoire, elle tend à l'équilibre des forces : toutes les sociétés démocratiques reposant sur le scrutin majoritaire (de la France aux Etats-Unis en passant par la Grande-Bretagne et l'Italie) connaissent une bipolarisation dans laquelle chaque parti ou coalition de partis représente plus ou moins 50% des électeurs. Mais ce qui peut apparaître comme un progrès à l'échelle d'un Etat - en organisant une confrontation entre majorité et opposition pour clarifier le débat politique et permettre l'alternance démocratique – ne peut avoir de sens au sein d'un parti où, une fois les choix politiques tranchés, chacun s'engage à défendre l'orientation majoritaire et à soutenir les candidats du parti, indépendamment de ses positionnements internes. C'est cette obligation de rassemblement que le scrutin majoritaire tend aujourd'hui à détruire.

 

Par construction et par conviction, le parti socialiste ne peut qu'être parlementariste. Par construction d'abord, et un rappel historique n'est pas malvenu : les structures du PS ne sont pas – comme on le dit parfois – issues de la 4e république mais bien à l'inverse, de la nécessité de rassembler la gauche non-communiste pour la structurer efficacement dans le cadre de la 5e. Suite à la catastrophe de l'élection présidentielle de 1969, il s'agit de vaincre l'éparpillement de cette gauche (entre la SFIO vieillissante de Guy Mollet, le PSU d'Alain Savary et Pierre Mendès-France et la FGDR de François Mitterrand) en créant une organisation permettant tout à la fois l'exercice du débat démocratique entre ces tendances et le rassemblement derrière un candidat unique à l'élection présidentielle. C'est alors une question de survie de la gauche, risquant la marginalisation dans un système bipolaire où s'affronteraient la droite gaulliste et le centre libéral. Je n'oublie pas non plus que c'est ce système qui, au plus fort de la tension idéologique entre la 1ere gauche de François Mitterrand et la 2eme gauche incarnée par Michel Rocard au congrès de Metz, permet le rassemblement conduisant à sa première victoire présidentielle en 1981. Par conviction, aussi : le Parti socialiste, qui défend pour la France le renforcement des contres-pouvoirs et du rôle du parlement, qui conteste le « coup d'Etat permanent » qu'est la présidentialisation et le pouvoir d'un seul, ce parti dont la candidate à l'élection présidentielle de 2007 défendait cette 6e République, ne peut vouloir faire exactement le contraire en son sein.

 

Dans ce contexte, l'interprétation que certains ont fait de nos règles collectives au cours du congrès de Reims me semble un contre-sens total. Lionel Jospin n'a pas instauré l'élection du premier secrétaire au scrutin majoritaire pour donner aux militants une chance de défaire la majorité qu'ils ont élus démocratiquement à la proportionnelle quelques jours auparavant. Bien au contraire, il s'agit pour lui d'éviter les retournements de majorité qui ont conduit après le congrès de Rennes à la désignation de 4 premiers secrétaires en 4 ans, en engageant cette majorité dans un contrat de gouvernance pour trois ans, derrière un premier secrétaire ne pouvant plus être défait par les accords d'appareils. Ce fut, pendant une décennie, une arme forçant la majorité constituée au congrès à serrer les rangs, les militants légitimant par l'élection du premier secrétaire l'accord majoritaire ayant conduit à la synthèse. C'est cette absence de synthèse – fut-elle générale autour de la motion E ou partielle entre les autres motions – qui mène aujourd'hui à la confusion et à l'idée qu'il revient aux militants de trancher l'échec du congrès par l'élection du premier secrétaire, alors même que celui-ci n'en a pas le pouvoir.

 

Car de fait, nos statuts prévoient toujours que la direction politique du parti appartient au Conseil national, et non au premier secrétaire. C'est donc à ce conseil qu'il revient demain de prendre ses responsabilités, de s'accorder sur un texte de synthèse faisant émerger clairement une majorité, et de valider ou non l'élection du premier secrétaire chargé de mettre en oeuvre cette ligne politique. Il en a non seulement le devoir statutaire, il en a la légitimité politique issue du vote des militants le 6 novembre, et validée par les délégués du congrès de toutes les motions. Ne nous trompons pas : il y a pire qu'un premier secrétaire dont la légitimité est contestée : un premier secrétaire dont la légitimité est contestée et qui doit cohabiter avec une majorité qui ne serait pas la sienne.

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sarah 09/12/2008 15:40

Hello,J'ai l'honneur de t'annoncer que tu fais partie des heureux élus que j'ai choisis pour poursuivre "la chaîne de la honte".Plus d'infos ici: http://superflu69.wordpress.com/Bon courage! J'attends avec impatience ton billet!SarahPS: peux-tu em mettre dans tes liens? merci

bouquery 27/11/2008 14:41

Certes..... !
La sainte alliance majoritaire au CN n'a plus....qu'à devenir intelligente et intelligible et à durer....pour attirer quelques adhérents auprés des clans d'apparatchiks et gagner une élection nationale. Prions camarades
jm

Florent 25/11/2008 19:56

J'aime quand tu prends le temps d'écrire un billet - ça va au fond des choses (moi je fais plus dans le disco, j'avoue)