DSK au FMI ?
Qui a dit que la France se droitisait ? Alors que Nicolas Sarkozy a mené campagne au nom de Jean Jaurés et de Léon Blum et que Bayrou invoquait Mendès-France et Jacques Delors, la politique dite "d'ouverture" semble confirmer le récent penchant de la droite française à considérer que les compétences... sont à gauche. Après les "francs-tireurs" Kouchner, Bockel ou Allègre, le nouveau président s'attaque à du lourd en confiant une mission sur la mondialisation à Hubert Védrine, probablement une autre sur la réforme des institutions à Jack Lang, et en évoquant les noms de Laurent Fabius et de Dominique Strauss-Kahn pour prendre la tête du FMI. On comprend la frustration de l'UMP réduits à quémander des maroquins ministériels - dont Valérie Pécresse a déjà fait l'amère expérience des étroites marges de manoeuvres - au nom de "l'ouverture la plus large, même jusqu'aux sarkozystes"...
Déjà en campagne pour sa réelection, Nicolas Sarkozy entend donc diviser aussi bien le PS que l'UMP pour mieux régner, fut-ce sur un champ de ruines. On peut d'ailleurs légitimement se demander quelle cohérence il y a à hésiter entre deux anciens ministres des finances dont la droite se plaît tant à souligner que les options politiques sont difficilement compatibles... Français et socialiste, oui, mais de là à s'interesser à ce qu'il va y faire...
Soyons réalistes, l'évocation de Laurent Fabius ne semble pas destinée à autre chose quà "mouiller" son nom dans l'ouverture. Bien qu'il ait par le passé fait état de son intérêt pour le job, on l'imagine mal s'embarquer dans une aventure vouée à l'échec. L'heureux élu devra en effet faire l'unanimité auprès de nos partenaires européens, qui le jugent comme le principal responsable du "non" français au TCE... Un ballon d'essai qui masque mal la cible principale de Sarkozy : Dominique Strauss-Kahn.
Car ne nous y trompons-pas, la manoeuvre vise avant tout à éloigner durablement un concurrent jugé comme sérieux pour 2012. Sa compétence économique reconnue, l'intérêt particulier qu'il porte aux questions de gouvernance mondiale et de développement, et les réseaux qu'il a tissé au sein du "think tank" A Gauche en Europe en font un candidat sérieux. Il lui sera d'ailleurs très difficile de refuser un poste qui a une influence réelle sur la marche du monde, et est totalement indépendant du gouvernement Français, n'y étant pas davantage son réprésentant que le Président de la commission européenne n'est celui du Portugal.
Reste qu'avec déjà un socialiste français à la tête de l'OMC, Pascal Lamy (dont le soutien de Jacques Chirac n'avait posé de problême à personne...), il est probable que l'Italie et quelques autres se fassent les avocats d'un partage des rôles plus équitables sur l'échiquier mondial. Sans doute devront-nous compter sur une trahison de nos meilleurs amis européens pour sortir Dominique du machiavelique piège de l'ouverture.
EDIT - J'ai désormais le fin mot de l'histoire et je me suis fait emberlificoter comme tout le monde par la communication sarkozyste...
L'idée de présenter DSK à la tête du FMI vient en réalité de Jean-Claude Junker, premier ministre luxembourgeois et personnage influent de la scène européenne, qui en a convaincu plusieurs dirigeants européens. Nicolas Sarkozy ne pouvant refuser de soutenir un Français, instrumentalise cette pression extérieure en la présentant comme "sa" volonté d'ouverture.
La vérité, c'est que le Président n'est pas aussi enchanté qu'il y parait...le ballon d'essai "Fabius" visait d'ailleurs à tenter de désamorcer une candidature qui s'est jouée contre lui. Sa crainte, le FMI serait pour DSK ce que l'Union européenne fut pour Jacques Delors : une stature de chef d'Etat et le moyen de porter un discours sur la France et le monde tout en s'élevant au-dessus des querelles de personnes.
Un scénario qui ne déplairait pas à Dominique, qui ne l'envisage certainement pas comme un abandon.