Après la vague bleue
L'arithmétique politique est implacable. Avec un peu moins de 11 millions de voix obtenues au premier tour des élections législatives, soit moins d'un français sur 4, l'UMP s'est pratiquement assurée de reconduire une majorité de 70% de sièges, et vise désormais bien plus haut. On savait depuis 1965 que l'élection présidentielle avait profondément modifié l'équilibre institutionnel, on constate qu'avec le quinquennat et l'inversion du calendrier, elle l'a tout simplement détruit. L'élection législative n'est plus qu'un 3e tour de confirmation de la présidentielle et déjà certains rêvent de transformer les municipales en 4e tour... C'est l'élection d'un homme seul, avec toutes les dérives people que l'on peut imaginer, qui déterminera à l'avenir l'ensemble des pouvoirs en France.
Cette abstention massive a pour principal résultat de favoriser les sortants : la "rupture" promise par Sarkozy accouchera dimanche de l'assemblée la moins renouvelée depuis plus de trente ans. Sur les 110 élus du premier tour, seuls 5 ne siégeaient pas dans l'assemblée sortante, et l'UMP semble en mesure d'assurer dans la réelection de ses 250 autres sortants, avec bien peu d'exceptions liées essentiellements aux "parachutages" (comme D.Perben à Lyon, JF.Lamour à Paris ou le retour compromis d'A.Carignon à Grenoble). De son côté, la gauche reconduira au minimum 80 sortants sur ses circonscriptions historiques, comme celles de L.Fabius, d'H.Emmanuelli, de J.Lang ou de J.Glavany. Le PCF résiste beaucoup mieux que prévu aux socialistes et devrait retrouver une quinzaine de ses 21 sortants, et les trois-quart des députés UDF seront réélus sous l'étiquette Nouveau Centre.
Reste donc 200 circonscriptions indécises, souvent celles que la gauche avait perdu en 1993. Dans les quartiers populaires de Vaulx-en-Velin ou de Sarcelles, comme dans les centre-ville de Toulouse, Lyon ou Lorient, le sort du futur parlement se jouera sur un seul paramêtre : la participation. 60% comme dimanche et le PS connaîtra une débâcle, 70% et il fera mieux qu'en 2002. Outre l'équilibre démocratique, c'est ici la parité qui est en jeu. On sait que le nombre de femmes restera faible à l'assemblée, il sera dérisoire avec une large majorité UMP qui n'en a investi que 35%, dont beaucoup sont déjà assurée d'une défaite.
C'est donc bien sur la mobilisation, plus que sur les stratégies d'appel au centre qui démobilisent en divisant les socialistes, que la gauche jouera sa capacité à se rénover, alors qu'une large défaite lui garantira le repli sur ses caciques les plus orthodoxes...