Qui veut la peau du débat ?
7 millions d'électeurs ayant choisi au premier tour une ligne "ni gauche ni droite", sont aujourd'hui contraints de se prononcer sur un choix gauche-droite. Bien sûr, il leur reste la possibilité de ne pas se prononcer, mais cela revient à décider que d'autres choisiront pour eux et, dans le rapport de forces actuel, qu'ils soutiennent tacitement la victoire de Nicolas Sarkozy. Il demandent donc de pouvoir juger en conscience, sur la base des projets des uns et des autres.
Les emissions où apparaissent l'un ou l'autre des candidats, les prises de position des supporters centristes (dont celle de la jeune porte-parole de Bayrou Quitterie Delmas) ainsi que le duel qui les opposera le 2 mai, sont déjà des éléments d'appréciation. Mais Ségolène Royal a jugé que nous pouvions éclairer leur choix en clarifiant, point par point, ce qui les rapproche et les sépare de son pacte présidentiel. C'est son droit le plus strict : chaque candidat peut répartir son temps médiatique entre ses propres prises de position, celles de ses soutiens, voire les questions qui lui sont posées. Ségolène Royal veut l'utiliser pour continuer le débat dans un objectif de large rassemblement, quitte à le partager avec d'autres.
Après l'avoir acceptée, la Presse Quotidienne Régionale s'est rétractée et reconnait aujourd'hui que Nicolas Sarkozy a menacé de boycotter son forum. Après l'avoir accepté, Canal+ vient de se rétracter en invoquant le CSA, qui rappelle justement qu'il revient à la chaîne de définir seule sa ligne éditorale. Visiblement, ce débat dérange... Mais il est vrai qu'après avoir mis en scène son action au ministère de l'intérieur pendant 5 ans, sélectionné les journalistes chargé de le suivre, médiatisé sa femme et son fils avant de faire virer ceux qui osaient en parler lorsque cela ne l'arrangeait plus, le candidat UMP ne devait pas s'attendre à voir les regards tournés ailleurs que sur sa petite personne (sans mauvais jeu de mots).
Chacun se souviendra d'ailleurs que la progression de François Bayrou a débuté par sa dénonciation de la collusion des médias avec le pouvoir. L'échec de l'organisation d'un débat réclamé par les Français, si l'UMP devait parvenir à ses fins, en dira d'autant plus long sur le bien-fondé de son inquiétude.