Du dialogue social
Comme vous l'aurez certainement remarqué, je partage avec DSK un goût immodéré pour l'utilisation de l'exotique appelation de "social-démocrate". Là où la gauche anticapitaliste ne voit qu'un emballage marketing au social-libéralisme, certains de mes camarades socialistes (dont Olivier) soupçonnent une tentation schismatique, en référence au congrès de Bad Godesberg du SPD allemand en 1959. Ma définition de la social-démocratie est toute autre : dans les pays utilisant cette appelation, le parti de gauche tire sa légitimité d'un mouvement syndical dont il est le prolongement politique. En ce sens, c'est donc sous l'angle de "parti de la démocratie sociale" que j'interprête cette appelation qui ne nous distingue pas des autres socialistes sur le fond, mais dans l'approche méthodologique.
On prend souvenr prétexte de la faible représentativité des syndicats français pour justifier la disqualification de cette démocratie sociale dans la pratique politique hexagonale. C'est bien sûr injuste : je ne crois pas que l'on puisse comparer la situation française avec le taux de syndicalisation de pays où, comme en Suède, l'appartenance syndicale conditionne l'accès à certaines prestations sociales. Mais le problême est sans doute plus profond que cela. Nul autre pays que la France n'illustre mieux la définition de la démocratie comme "dictature de la majorité". Pour reprendre le récent exemple de GDF, je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de démocraties qui considèreraient comme légitime une décision prise en fin de législature par un seul parti (et encore, pas au complet), représentant 1 électeur sur 3 au premier tour, sur un sujet qui n'a jamais fait l'objet d'un débat devant les électeurs et où les partenaires sociaux n'ont pas été consultés. En France, si. Comme l'a très bien écrit Jules, la loi est considérée chez nous comme l'expression de la volonté générale, tandis que le dialogue social ne peut conduire qu'à un compromis entre des intérêts particuliers, ce qui dans notre langue n'est jamais bien loin de la compromission.
Illégitime à négocier d'égal à égal avec le politique, le syndicalisme français se retrouve dans un cercle vicieux. Enfermé dans la seule posture contestataire capable de lui apporter des résultats, il représente un risque professionnel qui pousse de nombreux salariés à préférer jouer les "passagers clandestins". Il ne dispose alors que d'une base étroite, et d'une faible représentativité qui réduit d'autant sa légitimité... La promotion d'un syndicalisme constructif à même d'associer les salariés aux réformes sociales qui les concernent nécéssite donc de briser ce cercle, de prendre une décision volontariste pour modifier l'un des termes de cet enchaînement. Ségolène Royal propose pour cela de rendre le syndicalisme obligatoire. Je crains que cela ne se traduise de fait par l'apparition de "syndicats maison" qui ne règleront rien au problême... Mais plus fondamentalement, ce n'est pas là ma conception de la représentativité, qui ne peut selon moi reposer que sur des choix librement consentis.
C'est pourquoi la social-démocratie pose comme postulat de départ que le dialogue social est légitime. Elle porte un nouveau partage des tâches entre un Etat stratège qui définit des orientations légitimées par l'élection, et des partenaires sociaux qui contractualisent les conditions de la réforme au plus proche des réalités. C'est la responsabilisation de ces derniers qui conduira à un nouveau "contrat social" à même de modifier l'acceptabilité et la représentativité de ceux qui y prendront part.