Une sociale-démocratie durable
J'ai été particulièrement frappé, lors du meeting de DSK à Lyon le 19 mai dernier, de son ambition affichée de ne faire gagner la gauche en 2007, mais aussi en 2012 et pourquoi pas en 2017. Promesse démagogique ou folie des grandeurs de la part d'un homme qui n'est encore assuré de rien ? Ce positionnement pourrait en effet prêter à ce genre de confusions. Mais au delà de la nécessité de durer pour entreprendre des réformes, on doit y voir un message à destination des socialistes : la victoire ne peut être le seul objectif du projet. A l'heure où celui-ci est en voie de ratification, il me semble utile de revenir sur l'exercice que nous avons fait du pouvoir par le passé...
1981. L'union de la gauche porte François Mitterrand à l'Elysée et obtient de considérables avancées : abolition de la peine de mort, 5e semaine de congés payés, extension de la démocratie sociale... Puis l'on décrète une "pause", et la "rigueur" qui, si elle était nécessaire, n'était pas moins un reniement. En 1986, nous sommes battus. 1988. L'alliance Mitterrand-Rocard forme une volonté d'ouverture qui reconduit le premier à l'Elysée, le second à Matignon. Là encore, de grands progrès : RMI, CSG, ancrage de l'Allemagne réunifiée en Europe... Et puis sans même le dire, la volonté retombe et voit deux gouvernements poursuivre la "désinflation compétitive" et résister tant bien que mal aux affaires... En 1993, nous essuyons logiquement la plus grave défaite de notre histoire législative. 1997. Le "droit d'inventaire" et la gauche plurielle balaye l'assemblée dissoute par Chirac et Villepin. Elles créent les 35 heures, la CMU, le PACS, la présomption d'innocence... Mais faute de renouvellement programmatique en 2002 et en présentant un projet qui n'était "pas socialiste", Lionel Jospin échoue au premier tour de la présidentielle.
Bien sûr, le parti socialiste français se veut souvent "plus à gauche" que ses partenaires européens. Il a parfois su se montrer plus ambitieux et c'est tout à son honneur. Mais il gagne moins souvent, laissant la place à une droite de plus en plus décomplexée menant une politique qui creuse les inégalités, réduit le champ de la solidarité, remet en cause les droits et les lbertés publiques. Au final, la situation des classes moyennes et populaires a-t-elle plus progressé chez nous qu'ailleurs ? Est-elle à ce pont enviable ? Je n'en suis pas certain, et beaucoup de français sont même certains du contraire. Et pourtant, c'est bien cela l'important. Le drame de l'extrême-gauche est d'ailleurs de refuser de comprendre cela : qu'a apporté à la condition des travailleurs leur posture contestataire et leur refus de soutenir les politiques "pas assez à gauche" ? Rien. Au mieux, ils se contentent de manifester pour défendre ces mesures qu'ils critiquaient hier, au pire ils favorisent leur démantèlement en laissant croire que gauche et droite, c'est la même chose...
Ces deux axes dessinent un projet de gouvernement qui entend créer les conditions de la réalisation de ses engagements, les principes de son adaption aux mutations du contexte économique et social, et ses objectifs d'évolution à long-terme. C'est pourquoi au delà des affichages "à gauche" soulignés par les médias, c'est un contrat de transformation pragmatique et clairement social-démocrate. Et à mes yeux, c'est tout sauf contradictoire.