Désirs d'une France d'avenir pour après...
Quoi qu'en dise le calendrier officiel et les déclarations des principaux candidats socialiste à l'investiture présidentielle, la campagne pré-électorale a bel et bien commencé. Des tribunes libres dans la presse aux interviews radio, des plateaux de Denisot à ceux d'Arlette Chabot, de la tournée des notables de province à celle des grandes écoles parisiennes, tous les prétendants sont entrés dans une frénétique danse rituelle pour attirer vers eux l'amour du peuple de gauche. Tous ? Non. Bien cachée au fin fond du marais poitevin, la première de ces prétendants (si 'on en croit les sondages) résiste encore à l'appel de la campagne, évitant soigneusement de s'exprimer sur tout autre sujet que ceux qui ne concernent pas la France. Au delà du désir de "ne pas gêner François", c'est bien evidemment une stratégie d'absence qui est savamment orchestrée par Ségolène Royal : moins elle parle, et plus elle incarne une alternative à ceux qui risquent de lasser une opinion aussi intéressée par les propositions socialistes que par les résultats de l'équipe finlandaise de curling.
Aussi, l'arrivée annoncée de longue date de Royal dans la blogosphère devait marquer un tournant dans la non-campagne de celle-ci, entrouvrant une porte vers les pensées et une amorce de programme de la non-candidate. C'était sans compter sans l'imagination débordante de sa non-équipe de campagne, qui a publié la semaine dernière "Désirs d'avenir", un nouveau concept de non-blog. Souhaitant étendre la démarche de démocratie participative mise en oeuvre en Poitou-Charentes, Ségolène Royal se contente d'y poser des questions, qui sont par ailleurs de bonnes questions produisant un débat de qualité. Si je ne peux qu'adhérer à la démarche, elle me semble toutefois insuffisante. Car l'idée seon laquelle "les français en ont assez des politiques qui ont réponse à tout" n'est pas sans rappeler la petite phrase jospinienne "l'Etat ne peut pas tout". En période électorale, le moindre mot, fait ou geste est décortiqué et analysé par les médias et une opinion qui attend des réponses à ses problèmes concrets. Dans un tel contexte, l'exigence d'omniprésence qui s'imposera à notre candidat risque de défaire en un rien de temps les popularités construites sur l'absence. Je ne demande qu'à croire que Ségolène Royal peut battre la droite, mais seules ses idées lui permettront de le prouver.
Bizarrement, les "désirs d'avenir" de Royal ont dernièrement trouvé un écho dans "la France d'après" de Sarkozy, l'autre grand absent du débat politique. Absent, le candidat perpétuel qui se rase toute la journée en ne pensant qu'à ça ? Oui. Absent car déjà ailleurs. Cette "France d'après", c'était déjà le thème du fameux spam réalisé par le même Sarkozy, qui annonçait que "pour faire avancer la France après 2007, (ils) devaient préparer le projet dont la France a besoin". Ainsi, la mission que les français assignent au président de l'UMP serait de "participer à l'oeuvre de redressement, et de préparer les élections législatives et présidentielles de 2007"... l'année 2006 a-t-elle disparu dans une faille spatio-temporelle ? Après avoir vérifié mes informations, je suis pourtant en mesure d'affirmer que Nicolas Sarkozy est actuellement ministre de l'intérieur, qu'il a participé à 3 gouvernements depuis 2002 et qu'il est président d'un parti qui détient une majorité introuvable lui permettant de gouverner seul et de mener la politique qui lui convient. Instinctivement, j'aurai pensé que ce que les électeurs attendent d'un ministre-président de parti majoritaire serait d'utiliser les importants pouvoirs qui lui sont confiés pour gouverner ce pays, plutôt que de tout mettre en oeuvre pour conquérir un pouvoir qu'il a déjà... Le Sarkozy candidat serait-il schizophrène pour détester la politique du Sarkozy ministre au point de demander la "rupture" ? Propose-t-il de gouverner sans les ministres issus de l'UMP, de virer les députés UMP qui mettent en oeuvre cette politique avec laquelle il faut rompre ? Si c'est celà, je suis d'accord : construisons "la France d'après" l'UMP sarkozyste.