Renover la parité
La mise en oeuvre de la loi sur la parité du 6 juin 2000 n'en finit plus d'empoisonner les appareils politiques. Le casse-tête a d'ores et déjà commencé pour les législatives de 2007 : Comment présenter 50% de femmes entre l'objectif de reconduire les sortants, de parachuter les grands battus, de faire de la place aux petits partis alliés... Et la réponse semble trouvée : on y arrivera pas et l'on préfère payer la compensation prévue par cette même loi... Suite aux législatives de 2002, l'UMP a du renoncer à 4.5 M€, contre 1.2 M€ pour le PS et 660 000 € pour l'UDF.J'ouvre ici une parenthèse pour dire à quel point le marchandage des principes me choque. Les communes peuvent acheter le droit de s'exonérer de toute mixité sociale (loi NRU), les Etats peuvent acheter des droits de polluer (protocole de Kyoto), et les partis politiques peuvent acheter le droit d'être machistes (loi sur la parité)... Et pourquoi pas acheter un droit de diffamer, de truquer les cours de bourse, de rouler bourré ??? C'est là une négation même de l'égalité devant la loi, étant entendu que ne doivent la respecter que ceux qui n'ont pas les moyens de la contourner. Dans le cas de la parité, c'est aussi pour les femmes en politique l'humiliation de voir leur "coût" monnayé...
Sensée permettre "l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux", cette loi a de plus une efficacité plus que contestable hors des scrutins de liste. Son application lors des législatives de 2002 a en effet permis de passer d'un maigre 10,9% de députées au score faramineux de...12,2% (pour 39% de candidates). Bien sûr, la victoire écrasante de l'UMP n'a pas aidé les desseins paritaristes... Mais plus fondamentalement, cette inefficacité montre l'état d'esprit des partis dans l'application de cette loi : les femmes promues "candidates" pour être en règle avec la loi le sont le plus souvent dans des circonscriptions réputées ingagnables, où les hommes sont moins nombreux à prétendre concourir.
Puisque les partis semblent incapables de promouvoir la parité, la sénatrice UDF Muguette Dini propose d'en confier la responsabilité... au peuple souverain. L'idée est simple : il s'agit pour les scrutins majoritaires (législatives, cantonales) d'obliger chaque parti à présenter pour chaque siège un "ticket" composé d'une femme et d'un homme. L'électeur met alors un bulletin dans l'urne, mais doit (ou peut) également y choisir l'un des deux candidats qui constituent le ticket. Après le décompte du deuxième tour, le ticket ayant le plus de voix gagne le siège. En son sein, celui ou celle dont le nom aura été coché le plus de fois (ou barré le moins de fois) devient député (ou conseiller général), l'autre devenant son suppléant.
L'idée me semble séduisante à plusieurs points de vues. C'est d'abord une rénovation profonde de l'idée de parité : alors que nos élues sont honteusement suspectes de devoir leur siège à leur sexe et non à leur compétence, ce mode de scrutin donnera à toutes une légitimité égale à celles de leurs confrères. Dans ce contexte, le niveau de représentation des femmes (qu'il soit de 20% ou de 80%) est lui aussi légitime, puisqu'il est l'expression, librement exprimée dans chaque circonscription, de la volonté du peuple. C'est ensuite un formidable vecteur de renouvellement et de responsabilité de la classe politique. Alors que par une règle non-écrite, un élu est systématiquement réinvesti par son parti, le "ticket" permettra à ses électeurs de sanctionner le travail réalisé au cours du mandat, sans devoir pour cela voter pour un autre parti. C'est enfin une véritable égalité des chances : tout système de discrimination positive par quota induit forcément une discrimination négative. Dans le système actuel, les victimes en sont les jeunes hommes, pris en tenaille entre l'obligation de promouvoir des femmes et les candidatures automatiques des vieux sortants hommes. Le doublement des places éligibles dans le nouveau système permettrait de faire plus de place pour tout le monde, et offrirait ainsi à tous hommes et femmes indépendamment de leur âge, l'opportunité de faire valoir leur talent.
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