Socialisme, libéralisme et rôle de l'Etat
A l'aube de cette nouvelle année pré-électorale, un débat spontané et à bâtons rompus s'est engagé entre les commentateurs assidus du blog de DSK. le thème général, s'il faut en trouver un, serait "au fond, c'est quoi le socialisme dans le monde d'aujourd'hui ?". J'ai pensé qu'il pouvait être intéressant de publier le billet que j'y ai posté...
Je suis d’accord avec la définition d’Yvan où le libéralisme est l'idée selon laquelle l’espace public doit être limité le plus possible et ne se justifie que dans les cas où il est plus efficace que le marché. L'accord s'arrête là. Car cette même définition me conduit à soulever 3 objections :
1. Si l'on estime que par "efficacité", on entend "rentabilité", cela revient à privatiser les bénéfices et à nationaliser les pertes. On transforme l'Etat en filet de sécurité et l'on déresponsabilise le secteur privé.
2. Qui est juge de cette "efficacité" ? Les lois du marché reposent sur la rationalité des acteurs, qui est une illusion : le comportement rationnel du consommateur vise à optimiser ses coûts et donc à exercer une pression sur les prix qui se répercutent sur son propre salaire et sur la délocalisation de son activité. Le comportement rationnel du moi-consommateur est donc irrationnel pour le moi-travailleur. Ce qui nous ramène au point "1" : l'invidualisation des comportements fait assumer par la collectivité le coût de choix individuels largement déresponsabilisés. Au delà, cela conteste la conception libérale qui fait de l'intérêt général la somme des intérêts particuliers.
3. L'idée que le socialisme par opposition, viserait à limiter l'espace privé est fausse. Cette caricature nous ramène au programme commun, et personne au PS ne préconise sérieusement la nationalisation des moyens de production. La gauche sociale-démocrate est acquise à l'idée que l'initiative individuelle, motivée par la recherche du profit, est le moteur du progrès et de la croissance. Mais elle refuse l'idée que le marché, par une quelconque main invisible, poursuive des intérêts concordants avec l'intérêt général. Le rôle de l'Etat pour un socialiste n'est donc pas de se substituer au champ privé, mais de l'encadrer (par des dispositions réglementaires et des incitations fiscales) de façon à en optimiser l’orientation.
Liberticide ? On pourrait transposer cette conception dans un match de football. Dans le communisme, l'arbitre déciderait du placement des joueurs, de leurs déplacements, de ce qu’ils doivent faire du ballon. Dans le libéralisme, les joueurs peuvent prendre le ballon à la main, se doper, porter des armures ou immobiliser des adversaires, dès lors que cela permettrait de marquer plus de buts. La voie sociale-démocrate est celle que nous connaissons (dans le football, pas dans l’économie…) : l’arbitre établit, contrôle et sanctionne le respect de règles partagées par tous, de façon à permettre la créativité des deux équipes dans le cadre d’une compétition loyale. Au passage, cet exemple nous montre que loin d’être un gadget, le développement durable doit être au fondement même de l’approche socialiste : là où le joueur poursuit un objectif de court-terme (gagner le match), les règles le protègent contre lui-même (sanction des comportements dangereux) de façon à poursuivre un enjeu de long-terme (continuer pouvoir gagner des matchs).