Permanences...

Publié le par Fred

19h20 dimanche à la Fédération socialiste du Rhône : c'est l'incrédulité. Alors que la RTBF annonce l'opposition de gauche à 224 sièges, les quelques masochistes présents croient entendre une "bonne blague belge". C'est encore mieux que les meilleures projections de l'Institut Ipsos, qui montraient une forte progression tout au long de la semaine. Mais beaucoup étaient restés aux chiffres de dimanche dernier et espéraient encore 120 lorsque TF1 et l'institut CSA tablaient sur 60 à 90. 19h45 : Solférino confirme "200" et les rares militants commencent à se diriger vers les écrans de télévision pour déceler d'éventuels indices de ce "ressac"... La salle ne cessera plus de se remplir au point qu'il faudra commander deux fois des pizzas.

Bien sûr, il aura fallu un gros cafouillage gouvernemental pour donner prise à une campagne "en contre" de la gauche. L'effet TVA sociale aura joué sur 15% des votants : le "taux de rotation" des abstentionnistes, bien visible dans les bureaux de vote dès dimanche matin. Il aura très certainement permis de sauver une vingtaine de circonscriptions de gauche qui s'annonçaient serrées, notamment dans le nord, l'est et la banlieue parisienne. Mais il n'explique nullement la conquête de 55 circonscriptions jusqu'alors détenues par l'UMP, parfois depuis 1968 ou la libération... La TVA sociale est une explication confortable pour la droite - pour désigner un coupable et critiquer la démagogie de la gauche - comme pour la gauche - pour souligner le rejet du projet gouvernemental. Mais il me semblerait hasardeux de considérer que la crédibilité de Nicolas Sarkozy serait à ce point fragile et volatile qu'elle sombrerait à la première erreur de communication.

La fermeté des intentions de vote (près de 95% tout au long de la semaine) contredit d'ailleurs totalement cette idée de volatilité. A cette vingtaine de circonscriptions près, l'analyse des résultats montre au contraire une grande permanence du vote depuis l'élection présidentielle. La carte de dimanche ressemble fort à celle que j'évoquais dès de 11 mai, avec des tendances lourdes comme le clivage est-ouest et le renversement entre centres-ville et périurbain. Le nombre de sièges urbains tombés dans l'escarcelle de la gauche (A Rouen, Caen, Nantes, Lille, Quimper, Cherbourg, Laval, Tours, Bordeaux, Toulouse, Lyon, Saint-Etienne, Grenoble, Nancy...) est tel qu'on ne peut ignorer l'impact premier de leur évolution sociologique.

Comment comprendre alors le vote du 10 juin, lorsque le candidat UMP comptait dans ces villes 5, 10 et parfois jusqu'à 15 points d'avance ? Je crois qu'il n'y a eu en réalité ni vague bleue, ni ressac, mais une illusion d'optique. Le fort soutien dont jouit le Président de la République a permis de rassembler sur ses candidats un grand nombre d'électeurs : ceux qui avaient voté pour lui le 22 avril (31%), les électeurs de Bayrou qui l'ont choisi le 6 mai (9%), comme ceux de Le Pen (5%). Ces 45% rassemblés dès le premier tour ont permis l'élection de 110 députés et creusé des écarts jugés par beaucoup comme définitifs. Mais les modèles habituels de report pour établir les projections étaient faussés : le vote FN résiduel s'est mué en abstention au second tour, tandis que le vote Modem, loin d'être demeuré centriste, était réduit à sa dimension "extrême-centriste d'opposition" chère à Jean-François Kahn. Les réservoirs du second tour ont donc été vidés pour alimenter la vague du premier. Les UMP réunissant moins de 40% des voix le 10 juin ont donc pratiquement tous été battus, parfois très largement comme Arno Klarsfeld ou Sylvie Noachovich, que l'on disait pourtant en position favorable.

Finalement, les électeurs auront été peu sensibles aux agitations médiatiques de droite comme de gauche, et auront voté à quatre reprises de façon cohérente : une grande moitié de droite sarkozyste sur les deux-tiers du territoire, et une petite moitié plus antisarkozyste et multiforme que de gauche, sur le dernier tiers. Une permanence qui annonce de bien difficiles recompositions en vue des municipales.

Publié dans Politique

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SIL 24/06/2007 22:10

LE QUATRAIN DU JOUR
sur http://republicoin.blogspot.com

En ayant voulu châtrer Hollande,
Au lendemain d’une débâcle annoncée,
Royale confirme, à défaut d’Oracle assuré,
Qu’elle restera à jamais la Reine des casse-glandes.

SIL