On s'endette ?

Publié le par Fred

Si j'en crois le nouveau secrétaire général délégué de l'UMP Patrick Devedjian - et je n'ai aucune raison de ne pas le croire - la défiscalisation des intérêts des prêts immobilers coûtera à l'Etat 3 à 4 milliards d'euros par an. A elle seule, cette mesure représente donc sur cinq ans l'équivalent de l'ensemble du projet de François Bayrou, qu'il estimait alors à 21 milliards d'euros. Ce qui n'empêche pas ses partisans d'hier aujourd'hui devenus "Nouveau Centre", de proclamer que Nicolas Sarkozy a repris leur proposition de réduire la dette publique... Le bouclier fiscal, la suppression des droits de succession, la défiscalisation des heures supplémentaires et des emplois étudiants suivront. Comme pour contredire les "nouveaux centristes", le ministre du budget a d'ailleurs évoqué une "pause" renvoyant la question de la dette à 2012...

 J'avais dénoncé sur ce blog l'idée de Bayrou selon laquelle le projet le moins cher serait nécessairement le plus sain budgétairement. J'ai de la dette une approche dynamique plutôt que comptable, fondée sur l'idée qu'une une croissance supérieure au taux d'intérêt permet de la diminuer sans déprimer la demande. C'est d'ailleurs ce qui a été réalisé l'an dernier malgré un budget déficitaire de 2,6%. Mais j'applaudis des deux mains sa proposition qui consistait à interdire tout déficit en période de croissance pour les budgets de fonctionnement. Le déficit peut être dynamique s'il finance un investissement : cela revient à court-terme à distribuer plus de pouvoir d'achat qu'à l'équilibre, et à moyen-long-terme à trouver dans les gains de productivité son auto-financement, et au-delà. C'est ce que fait une entreprise qui emprunte pour construire une usine, et personne n'y trouve rien à redire sauf quelques actionnaires grincheux et court-termistes. La recherche, la formation, la santé ou les infrastructures de mobilité (transport, communications, énergie) sont pour un Etat l'équivalent de cette usine, et je crois, au moins pour les 2 premiers, qu'ils devraient être dégagés de tout "critère de convergence".

Mais dès lors que l'entreprise emprunte pour payer ses salariés ou régler ses factures de téléphone, elle court à la catastrophe car cela ne lui permettra pas de gagner demain ce qu'elle dépense aujourd'hui (c'est d'ailleurs ce qui s'est passé pour un grand nombre de "start-ups"). Les projets de Sarkozy ne rompent en rien avec cette pratique, bien au contraire : l'entreprise France va emprunter pour financer une perte de chiffre d'affaires.

Pour la croissance ? cela mérite qu'on s'y intéresse. La défiscalisation des intérêts immobiliers est fortement incitative à l'acquisition de sa propriété. On peut en attendre une augmentation de la demande sur un marché d'autant plus intéressant qu'il n'est pas délocalisable. Mais il n'y a croissance que dès lors que l'offre est en capacité de s'adapter à cette demande pour la satisfaire. On sait que ce n'est pas le cas : l'immobilier est un marché d'offre contrainte, ce qui le conduit à une envolée des prix (+50% au cours des 4 dernières années). Sans limiter le dispositif à la construction nouvelle, c'est à dire à la mise sur le marché d'une offre supplémentaire, on assistera à une nouvelle flambée qui compensera rapidement l'incitation fiscale. L'endettement de l'Etat n'a d'autre finalité que l'augmentation de la valeur du patrimoine, qu'il renoncera demain - bouclier fiscal et droits de succession - à distribuer. Où comment demander à nos enfants de prendre en charge le bien-être des mieux logés.

Publié dans Politique

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