"Servir la France"

Publié le par Fred

Lors de son discours d'investiture prononcé tout à l'heure, le nouveau Président de la République a justifié sa stratégie d'ouverture par la nécessité de "servir la France" qu'il estime être "un devoir". Il a raison. Mais c'est une faute typiquement française que de considérer que seule la majorité présidentielle, et a-fortiori le gouvernement, est en position de rendre ces services.

Il est bien sûr en première ligne, responsable de la politique nationale, mais nulle démocratie ne peut prétendre exister sans opposition forte. Elle doit l'être pour permettre que les textes gouvernementaux soient soumis à un débat contradictoire qui éclaire et enrichit l'oeuvre législative ; elle doit vérifier que les lois votées par la majorité sont effectivement appliquées dans le pays, contrôler que cette application remplisse les objectifs qui lui ont été dévolus, en pointer les faiblesses et les effets indésirés, et proposer leur évolution. Elle doit l'être pour contrôler l'utilisation de l'argent public et dénoncer les fautes de gestion. Elle doit l'être, surtout, pour représenter ce qui demeure, dans une démocratie représentative, le dernier droit inaliénable d'exercice de la souveraineté populaire, l'alternance.

Bien sûr, les "recompositions" et "déplacements de ligne" sont toujours possibles. Ils ont été nombreux depuis l'avènement de notre République : nous devons nous féliciter que la droite ait abandonné son royalisme originel et que la gauche ait intégré l'économie de marché. Mais chaque fois que l'idée d'un camp est devenue universelle, le paysage politique a reconstruit un antagonisme dynamique qui nourrit le débat et offre au citoyen la possibilité d'un choix.

Il y a naturellement des personnalités de qualité dans chaque parti, et tous sont appelés à "servir la France", chacun dans son rôle et la cohérence avec les engagements pris devant ses électeurs. Mais le "gouvernement des meilleurs", argument de campagne de François Bayrou et pratique revendiquée aujourd'hui par Nicolas Sarkozy n'est pas la démocratie, c'est même d'ailleurs la traduction exacte du mot "aristocratie". Dès lors que l'élection se limiterait au choix entre le vrai et le faux, entre le bon et le mauvais, elle perd toute légitimité en ne représentant plus qu'un droit à l'erreur.

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deslilas 17/05/2007 18:51

NS recycle le discours managérial des entreprises sur la gouvernance, sur la culture des résultats mais un Etat n'est pas une entreprise comme une autre. Le temps se chargera de démontrer l'inanité de ses potions magiques et leurs dégats dans le tissu social de notre pays. Sa volonté de neutraliser tous les contre-pouvoirs, transposition de certaines pratiques managériales de ses amis qui ont cherché à discréditer les organisations syndicales dans leurs entreprises, fait craindre les plus grands dangers lors des prochains conflits.