Deux Frances

Publié le par Fred

Lorsque Jean-Pierre Elkabbach lui a demandé, en "off", lequel de ses deux principaux concurrents était le plus dangereux pour la France, François Bayrou a répondu "Sarkozy, il va casser la France en deux". Depuis dimanche soir, c'est électoralement chose faite.

Bien sûr si l'on excepte 2002, la France s'est toujours partagée entre deux blocs sensiblement équivalents. Mais les clivages apparus dans les urnes ressemblent fort peu aux traditions sociales, familiales et territoriales dont nous avions l'habitude. Il y a eu le vote des plus jeunes (58% à gauche) contre celui des plus agés (68% à droite), le vote des campagnes (57% à droite) contre celui des villes (52% à gauche), le vote du privé (53% à droite) contre celui du public (57% à gauche), le vote de l'arc artlantique tertiarisé contre celui des bassins industriels de l'est... Et si aux deux extrêmités de l'échelle sociale, chacun a soutenu massivement son camp (les chefs d'entreprises à 68% pour Sarkozy, les chômeurs à 65% pour Royal), on assiste dans l'entre-deux à quelques mouvements spectaculaires.

L'UMP a réussi le pari de devenir un mouvement "populaire", réalisant de très bons résultats dans les anciens bastions ouvriers de gauche, comme le Nord (52%) et surtout les Bouches du Rhône (58%). Ségolène Royal l'emporte en Bretagne chrétienne-démocrate, et surprend dans de vieilles villes de droite comme Rouen (54%) ou Bordeaux (52%). Elle rafle, outre la ville d'Alain Juppé,  l'ensemble des fiefs d'élection de Chirac comme la Corrèze (53%) et le 5e arrondissement de Paris (51%).

Alliance des catégories supérieures et populaires contre alliance des classes moyennes et des exclus, la nouvelle sociologie électorale semble moins déterminée par une position sociale figée que son évolution future. Le vote Royal, présenté par Le Monde et Libération comme "un pari", était le vote de ceux qui espéraient progresser.Le vote Sarkozy, qui s'appuyait sur de plus grandes certitudes, était celui de ceux qui craignaient le déclassement. On nous a beaucoup accusé, au cours du dernier mois, d'agiter la peur comme argument électoral, mais le travail de fond avait été réalisé depuis 5 ans : c'est la France qui a peur qui a donné une majorité à Nicolas Sarkozy.

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