"Un pays de propriétaires"

Publié le par Fred

"Mon ambition, ce serait de faire de la France un pays de propriétaires". Voilà résumé, en une phrase, le projet du candidat de l'UMP, et elle mérite que l'on s'y attarde.

Stratégiquement d'abord. La droite française, dans un pays où l'on appartient aux 10% les plus riches lorsque l'on gagne 2150 € nets par mois (et aux 50% avec 1300 €) sait qu'elle ne peut prétendre être sociologiquement majoritaire. Elle s'adresse donc plus largement à ceux qui aspirent à entrer dans ce club très select, en posant une équation simple : mon projet s'adresse aux riches donc je vous propose de le devenir. L'argument du "pays de propriétaires", qui était également celui de Madame Thatcher dans les années 80, rejoint en ce sens la déclaration de Sarkozy selon laquelle "4000 euros, ce n'est pas beaucoup" alors que les mêmes disent - avec le désormais fameux institut Rexecode - que 1500, pour le Smic, c'est trop...

Sur le fond, ensuite, parce que je crois que c'est effectivement un bon résumé de la politique envisagée par cette droite. Car ses mesures phares - annoncées comme les priorités absolues par François Fillon - c'est à dire l'abaissement à 50% du bouclier fiscal et la suppression des droits de succession, s'adressent effectivement aux détenteurs de patrimoine.

Prenons le bouclier fiscal. Il est absolument faux de dire que l'on taxe à plus de 50% les revenus du travail en France : la tranche maximale de l'impôt sur le revenu est aujourd'hui plafonnée à 40%, et encore, la droite a considérablement réduit la définition de ce qu'est cette tranche supérieure, passant en 2007 de 49 624€ à 65 500€ par an. De fait, le bouclier fiscal est établi en rapportant au revenu ce qui est payé au titre de l'ISF, de la taxe d'habitation et de la taxe foncière qui ne dépendent en rien du travail, mais de la valeur du patrimoine. On ne défiscalise donc pas 6 mois de travail par an, mais plus sûrement 12 mois de capital.

L'agument de la "valeur travail" est tout aussi mensonger concernant les droits de succession. Sarkozy dit que c'est encourager le travail que de permettre d'en transmettre librement les fruits. C'est sans doute vrai du point de vue des morts, mais je doute que la politique de la France doive s'adresser en priorité à eux. Vu du côté des enfants, c'est exactement le contraire : on valorise le seul mérite de la naissance, les inégalités de patrimoine que renforceront ensuite, les écarts de revenus. Ségolène Royal préconise de faire exactement l'inverse, en accordant un prêt de 10 000 € à tout jeune qui créerait son activité à la sortie du système scolaire. Comment le financer ? En ne supprimant pas les frais de succession, pour que cet argent aille récompenser le risque et non le seul privilège de la génétique.

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