L'Europe, encore

Publié le par Fred

Dans son dernier clip de la campagne officielle, Nicolas Sarkozy rappelle qu'il "a toujours été du côté de l'Europe", mais qu'il veut une Europe qui "protège de la mondialisation". Cette double affirmation m'interpelle...

D'abord parce que je me souviens de la campagne schizophrène de Nicolas Sarkozy pour le TCE, appelant à voter "oui" comme tout bon prétendant à l'Elysée, et espérant plus que quiconque un "non" qui signait la fin des espoirs de rééelection de Chirac. Un petit "oui" à l'Europe à peine audible derrière un grand "non" à la Turquie. Une attaque en règle contre le "modèle social français" qui donnait raison à ceux qui, à gauche, craignaient que le traité n'en signifie le démantèlement. Une destruction au bazooka du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin et d'une politique qu'il "faut changer". Nicolas Sarkozy a soutenu l'Europe comme la corde soutient le pendu, et démontré que l'idée européenne lui importait bien moins que le destin de sa personne.

Ensuite, parce que si monsieur Sarkozy veut se protéger de la mondialisation, qu'il dise comme le lui demande Jean-Marie le Pen qu'il sortira de l'OMC. Qu'il annonce comme comme l'y invite Philippe de Villiers qu'il rétablira les droits de douane et les contrôles aux frontières. Qui peut croire sérieusement que le candidat qui dit vouloir baisser les impôts des plus favorisés, assécher les cotisations sociales, supprimer des emplois publics et contrôler les chomeurs puisse envisager la "rupture" avec la mondialisation libérale ? Dans mes souvenirs, le seul "patriotisme économique" dont la droite a parlé depuis 5 ans, c'était celui des conseils d'administration de Danone, Arcelor ou Suez, et non celui de leurs usines déjà délocalisées.

Au delà, la petite phrase montre le peu d'idéal européen de Nicolas Sarkozy. L'Europe ne peut avoir pour ambition de plier la France à la mondialisation comme il le souhaitait en 2005, pas plus que de l'en protéger comme il le prétend aujourd'hui. Elle doit la modeler. Parvenir à une organisation politique à la hauteur de sa puissance économique pour peser sur ses règles du jeu. Tel est bien le projet de Ségolène Royal lorsqu'elle dit vouloir réformer la PAC pour garantir l'équité des relations commerciales nord/sud ; lorsqu'elle veut mutualiser les intelligences européennes dans les domaines de l'énergie, de l'environnement ou de la recherche médicale ; lorsqu'elle dit vouloir négocier des droits européens ou lorsqu'elle veut coordonner nos efforts de défense. L'Europe n'a pas à se déterminer en réaction à la marche du monde, mais comme elle l'a toujours fait, mettre le monde dans le sens de la marche.

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