La quadrature du centre

Publié le par Fred

5 ans après l'éparpillement généralisé qui avait conduit à l'élimination d'un premier ministre et à la réélection d'un président rassemblant moins d'un Français sur cinq, le premier tour d'hier révèle une profonde recomposition du paysage politique...

A droite, Nicolas Sarkozy a tondu la laine sur le dos du FN. Sa large avance dans les régions où le Front était traditionnellement fort, ainsi que dans les villes et circonscriptions que la gauche tenait par le jeu des triangulaires, est révélatrice de la radicalisation de l'électorat UMP. Considérant que les idées sont par nature plus dangereuses que les hommes qui les portent, je ne partage pas la satisfaction autour de la baisse de Le Pen. La banalisation et le recyclage de son discours, au service d'un homme ayant les moyens de l'appliquer, est autrement plus inquiétante que la fièvre de 2002.

A gauche, Ségolène Royal a su rassembler son camp dès le premier tour, mais celui-ci sort affaibli de la bataille. Sa domination sur les bastions communistes, et l'évaporation des verts ou de l'extrême gauche, montrent que son électorat s'est déporté vers sa gauche, au détriment de sa base habituelle de couches moyennes et intellectuelles (sauf dans les grandes villes socialistes de l'ouest et les arrondissements socialistes de Paris).

Le centre enfin, fait sa réapparition en mordant à gauche, disposant dorénavant d'un électorat en profond décalage avec les élus du parti. Il se trouve en situation de provoquer un nombre record de triangulaires aux législatives, avec toutefois peu de chances de victoires. En position de force avant le deuxième tour, il a toutes les chances de le payer chèrement en juin.

Le "retour en arrière" que constituerait une alliance a droite a d'ores-et-déjà été exclue par Jean-Marie Cavada. Il couperait Bayrou de son nouvel électorat et transformerait ce vote en feu de paille vite circonscrit. Son pendant vers la gauche, dans l'optique de la création du grand parti social-démocrate évoqué tant par le candidat UDF que par Rocard, Kouchner et Cohn-Bendit, se heurte à la sensibilité droitière de ses élus et a peu de chance d'être acceptée par un PS qui y verrait un risque d'explosion. Enfin, un non-positionnement serait synonyme de marginalisation aux législatives, face à une droite qui tiendrait enfin l'occasion de se venger. Pour Ségolène Royal, chacune de ces options conduirait probablement à la défaite.

Face à une droite extrême et hégémoniste, nous devons donc imaginer de nouvelles solutions à la hauteur de la situation issue des urnes. La victoire pour la gauche, contre la garantie d'indépendance pour le centre. Le renforcement des attributions du parlement, ainsi que l'introduction d'une part de proportionnelle, qui font d'ores et déjà partie du projet Ségolène Royal apportent une part de cette garantie. Un désistement mutuel aux législatives sans soutien ni accord de gouvernement serait de nature à les compléter...

Dans la dynamique de la présidentielle, ce pacte de non-agression donnerait à la gauche une majorité (relative) qui lui suffirait à réaliser l'essentiel du pacte de Ségolène Royal. Sur les institutions, l'Europe, la décentralisation ou les retraites, nos convergences pourraient produire le large consensus nécessaire aux réformes. Sur les enjeux sociaux qui nous opposent, il faudrait nous appuyer sur la négociation sociale et le renforcement des compétences régionales. Bayrou, lui, y trouverait la possibilité d'exister pour donner du corps à sa troisième voie et créer des majorités d'idées. Bien sûr, cette solution apparaît naturellement instable et peu conforme à nos habitudes institutionnelles... Mais une domination sans partage de Nicolas Sarkozy et le laminage parlementaire de la gauche comme du centre, sont un risque que nul démocrate ne devrait courir.

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DEVAUX Stéphane 24/04/2007 15:51

Bonjour,
Vous êtes, forcemment, d'accord avec moi pour dire qu'il faut un vote responsable en optant pour Ségolène Royale.
Moi qui provient du Centre, je pense que l'on peut exister en tant que troisième Force Politique.
Je serais très décu que François Bayrou invite ses électeurs (dont je fais partie) à voter pour Sarkozy. Ce serait le retour au "bercail". je n'en veux pas et ses électeurs non plus. Surtout que nombre de ses électeurs proviennent de la gauche. Ne l'oublions pas !!
La création d'un Parti Centriste Social démocrate serait une très bonne chose pour la démocratie et peut-être pour la gauche aussi.
Vous allez quand même pas me dire et me faire croire que les Mélenchon et Fabius et consors vont s'entendre et rester "unis" éternellement ensemble" avec DSK, Kouchner et Delors, dans un même parti ?... Ces derniers ont plus vocation à travailler avec ceux qui les resemblent plutot que de rester dans un PS qui est prêt à exploser en deux à chaque élection.
Je suis pour que la Gauche travaille avec le Centre, comme en Italie. Pourquoi pas faire une coalition à l'italienne, d'ailleurs.
Mais, oui, l'UDF doit rester loin de l'UMP. Je le crois sincèrement, malgré les tentations ministerielles de quelques députés et maires UDF, qui ont tout intéret à ce que cela se passe autrement...
 
Qu'en pensez-vous ?
solidaritesetlibertes.over-blog.com

Fred 24/04/2007 17:37

La gauche est évidemment diverse. Il est bon nombre de sujets sur lesquels je suis en désaccord avec Mélenchon et Fabius et d'autres qui à l'inverse, nous rassemblent. Ce dont je suis sûr, en revanche, c'est que l'alternative au neo-conservatisme incarné en France par Nicolas Sarkozy ne peut se construire sans réunir la gauche. N'en doutez pas : Bayrou au second tour aurait également dû s'appuyer sur ceux-là, s'il voulait l'emporter.
Il n'est donc pas pour moi question de s'ouvrir aux uns pour mieux rompre avec les autres, mais de penser que l'on peut établir des convergences, dans le respect de l'identité de chacun et l'acceptation de nos divergences.
Ce n'est sans doute pas facile dans un pays où le "fait majoritaire" s'impose à la concertation et au compromis. Mais c'est un pas que nous ne pouvons pas sauter. Passer du jour au lendemain de la confrontation à la recomposition me semblerait délicat si on la souhaite sincère et durable.