L'alliance selon Rocard

Publié le par Fred

L'idée d'une alliance PS-Verts-UDF, lancée il y a quelques mois par Daniel Cohn-Bendit et reprise la semaine dernière par Michel Rocard et Bernard Kouchner crée la confusion à une semaine du premier tour. Si je partage avec chacun d'entre-eux un grand nombre de convictions sur le fond, il faut reconnaître que leur sens de la stratégie politique et de son timing me laisse plus que dubitatif...

L'émergence d'une gauche radicale durablement installée à près de 10% et l'effondrement du parti communiste (qui ne sait d'ailleurs plus très bien où il se trouve entre contestation des "sociaux-libéraux" et alliance électorale pour sauver ses sortants) changent évidemment la donne politique. Tout comme le score du PDS allemand a privé du pouvoir une gauche majoritaire dans le pays, le risque existe de marginalisation de la gauche réformiste en France. Je pense que Lionel Jospin en particulier est resté trop attaché à l'héritage de "l'union de la gauche" au détriment de l'émergence des verts, confinés dans un rôle de caution écologiste alors qu'ils avaient le matériel idéologique pour devenir notre partenaire de référence. Oui, si l'on préfère une gauche de gouvernement qui fait avancer la société à une gauche condamnée à s'opposer au danger néo-conservateur, une recomposition politique sera nécessaire.

Mais il est absurde d'apporter à Bayrou une onction de gauche avant même le premier tour, et cela pour deux raisons. D'abord, parce que la logique d'une élection présidentielle est de rassembler au second tour autour d'un projet sélectionné au premier tour. Dire qu'une alliance qui aurait pour centre de gravité le projet de François Bayrou serait la même que celle qui se créerait autour de celui de Royal est un mensonge. L'enjeu du premier tour est donc bien d'ancrer cette recomposition dans un objectif de transformation sociale, qui passe par la qualification de Ségolène Royal. Il reviendra alors à François Bayrou de démontrer la sincérité qui est la sienne lorsqu'il se revendique social-démocrate.

Ce qui m'amène au deuxième point : on ne peut penser une alliance sans partenaire. Michel Rocard est d'ailleurs bien placé pour savoir que le centre n'a pas répondu présent lorsque en 1988, c'est la gauche qui souhaitait "l'ouverture". Parti d'élus plus que de militants, l'UDF est très largement dépendant des alliances qui sont les siennes au niveau des départements, des villes et des régions. Il me semble par exemple inconcevable, dans le département du Rhône, d'envisager de s'allier avec un président UDF (Michel Mercier) tant que son premier vice-président demeurera Dominique Perben, le très droitier soutien de Nicolas Sarkozy. Si tout laisse présager que le score de François Bayrou validera sa stratégie de rupture avec la droite la plus dure, rien ne nous permet aujourd'hui d'affirmer qu'il pourra demain l'imposer aux siens. Seule une troisième place permettra de clarifier le positionnement du centre, en le mettant face à ses responsabilités sur le fond, et non sur le seul destin personnel de son président.

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