Alors, Bayrou ?

Publié le par Fred

J'ai beaucoup lu et entendu, ici ou là, que nous autres "strauss-kahniens" serions tentés par le bulletin "François Bayrou".  J'avais évoqué cette question il y a un peu moins d'un an, mais la période électorale et la résurgence de cette hypothèse me conduit aujourd'hui à préciser ma pensée.

En toute honnêteté, après avoir lu attentivement le programme du candidat centriste, je dois avouer qu'il n'y a pas grand chose dans ses écrits récents - hormis quelques conceptions très chrétiennes sur la Turquie ou l'homoparentalité - avec lequel je serais en profond désaccord. Mais il faut cependant remarquer qu'il n'y a pas grand chose, tout court. Tout juste se borne-t-il à édicter quelques règles de bonne gestion qui, si elles sont souvent contradictoires avec les budgets qu'il a lui-même voté, apparaissent finalement relativement consensuelles. Non, ce qui m'interdit de voter pour lui, c'est d'abord tout ce qu'il ne dit pas.

La France a moins que jamais besoin d'un président gestionnaire, et je m'insurge contre l'idée que le programme le moins cher serait nécessairement le meilleur. Cela reviendrait à considérer que l'idéal serait un candidat proposant le statu quo, tandis que tous - lui y compris - prétendent aujourd'hui incarner le changement. Chacun a bien conscience des défis qui nous attendent : comment affronter une mondialisation qui a rédicalement modifié notre environnement concurrentiel ? Comment répondre à la raréfaction d'énergies jusqu'alors abondantes et peu couteuses ? Comment sortir de notre incapacité à faire travailler plusieurs générations simultanément ? Comment garantir une répartition des richesses qui ne rompe pas le lien social ? Comment assurer pour chacun des conditions de logement et d'accès au soin dignes de notre niveau de développement ? Autant de questions qui - après 12 années d'immobilisme chiraquien - attendent des réponses claires et les moyens de leur mise en oeuvre.

Face à l'ampleur de ces défis, la réponse ultralibérale assumée (de moins en moins...) par Nicolas Sarkozy est une option que je combats, mais qui a le mérite de la cohérence. Tout comme bien évidemment la sociale-démocratie rénovée qui constitue aujourd'hui le socle de l'approche de Ségolène Royal, et que j'exprime avec mes mots depuis deux ans. Entre ces deux réponses, il ne peut s'agir simplement de déplacer un curseur.  Ils veulent travailler plus, nous voulons travailler tous ; ils veulent baisser le coût du travail, nous voulons le payer à sa juste valeur ; ils jugent légitime de transmettre leur patrimoine, nous voulons que chacun puisse démarrer avec les mêmes atouts ; ils veulent soumettre les services publics à des exigences de rentabilité, nous voulons qu'ils garantissent l'égalité de traitement ; ils veulent l'Europe des capitaux, nous voulons celle des citoyens... Comment "l'union nationale" voulue par François Bayrou trancherait-elle de tels désaccords de fond, autrement qu'en se limitant au plus petit dénominateur commun ?

Plus encore que le candidat soutenu par Chirac, Juppé, Raffarin et Villepin, c'est donc en François Bayrou que s'incarne le mieux la continuité du non-choix. Sa seule ambition, c'est de fédérer - comme Chirac en 2002 - les vote "contre". On a vu ce que cela a donné... Il est temps de voter "pour" un projet et de se choisir un avenir.

Publié dans Politique

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