Où sont les "charges" ?

Publié le par Fred

Comment reconnaître à coup sûr un candidat de droite ? Il axe l'essentiel de sa politique de l'emploi sur une baisse des charges sociales. Qu'il s'agisse comme le préconise Sarkozy de les supprimer sur les heures supplémentaires, ou comme Bayrou de créer des "emplois francs", on en revient toujours à cela. Il faut dire qu'une telle politique a le mérite d'être - a priori - indolore : plébiscitée par les entreprises, elle ne change rien au niveau de salaire et n'entre pas dans le calcul du déficit budgétaire... Le problème, c'est qu'elle ne marche pas. Voici vingt ans que tous les gouvernements ont tenté l'aventure : baisse des charges sur les bas salaires, exonérations dans les zones franches, contrats aidés en destination des jeunes, des vieux, des chômeurs de longue durée et j'en passe. Et depuis vingt ans, le chômage n'a pas été éradiqué.

Vous ne trouverez dans le droit français aucune trace de "charges" sociales. Il n'existe que des "cotisations", terme qui reflète mieux leur destination, qui n'est pas de peser sur l'emploi mais de financer notre système protection sociale. Et si l'on attend toujours le deuxième effet KissCool sur l'emploi, le premier, lui, se fait cruellement ressentir : 23 milliards d'allègements et exonérations en tout genre - 5 fois le coût du RMI - pèsent lourdement sur notre capacité à financer l'assurance maladie (-10 milliards par an), chômage (-4 milliards par an), et demain les retraites. Toute nouvelle baisse de "charges" se traduirait aujourd'hui par du lien social en moins pour aujourd'hui et de la dette sociale en plus pour les générations futures.

En réalité, si les baisses de charges permettent d'orienter les choix de recrutement - en particulier vers telle ou telle catégorie de demandeur d'emploi - elles n'agissent que marginalement sur la décision d'embaucher ou non. Au contraire de ses concurrents de droite, Ségolène Royal entend donc rompre avec ces politiques en s'attachant moins au coût du travail qu'à celui de l'investissement, qui détermine en amont la capacité de l'entreprise à se développer. Elle propose de moduler le taux de l'impôt sur les sociétés à la ventilation des profits, pour favoriser les entreprises qui préparent les emplois de demain en investissant dans la recherche ou l'innovation, et pénaliser celles qui se contentent de distribuer des dividendes. De porter à 15% du montant des aides aux entreprises, celles spécifiquement destinées à soutenir l'investissement, contre 5% aujourd'hui. De créer des fonds de participation régionaux dans la création de PME. Ou de mettre en place des mécanismes de cautionnement mutuel pour encourager le risque de création.

Les exemples allemands ou suédois - où le coût du travail est supérieur au nôtre - nous montrent que le manque de compétitivité et un déficit commercial record n'est pas une fatalité européenne. Tandis que la droite s'en tient à son analyse microéconomique du chômage et rêve de salaires à la chinoise, Ségolène Royal veut enfin engager la France dans la stratégie de Lisbonne qui met l'intelligence et l'innovation au coeur du moteur économique. Là est, au fond, le vrai choix de cette élection présidentielle.

Publié dans Economie - Social

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