Biocarburants : roulez bourrés !

Publié le par Fred

Alors que la mode politique consiste à aller chercher ailleurs des idées que l'on ne serait plus capable de faire germer ici, je vous invite à regarder du côté du Brésil pour y trouver des axes de réflexion pour notre avenir énergétique, économique et environnemental. Car là-bas, 90% des véhicules produits au cours des 15 dernières années roulent partiellement ou totalement à l'alcool. Solution de secours d'un pays pauvre devant la flambée des cours du pétrole ? Pas seulement...

Premier producteur mondial de canne à sucre, le Brésil à fait de la filière éthanol le fer de lance de sa politique d'indépendance énergétique. Depuis le lancement du programme "proalcool" en 1979, on estime à 52 milliards de dollars l'impact positif de celui-ci sur la balance commerciale du pays, en limitant le recours à l'importation de pétrole. A l'heure où chaque variation des cours du prix du baril a un impact direct sur la croissance et le pouvoir d'achat, cet objectif d'indépendance rejoint celui d'une plus grande stabilité du contexte économique. Ajoutons que le coût de production de l'éthanol brésilien est en moyenne 20% plus économique que l'importation de pétrole pour un même nombre de km parcourus, différence qui se retrouve à la pompe et donc dans le portefeuille des consommateurs.

Cette politique est-elle transposable en Europe ? Après 40 ans de succès (modernisation technique, autosuffisance alimentaire, maintien de l'activité), la PAC se heurte à une crise identitaire du monde paysan. Les crises de surproduction successives, et les politiques de soutien des cours ont conduit à une "fonctionnarisation" mal vécue et mal comprise par des exploitants qui tirent 20% de leur revenu de subventions directes en contrepartie de la mise en jachère de leurs terres. L'idée d'utiliser ces surfaces pour des cultures non alimentaires offre des perspectives d'activité rentable sans modification de la nature des cultures, l'ethanol pouvant être produit à partir de productions communes en Europe, riches en sucre (betterave) ou en amidon (pomme de terre, blé...). Mais faute d'un marché automobile adapté, ces productions se limitent aujourd'hui à l'alimentation des transports collectifs et à la réalisation d'additifs, notamment pour le fioul domestique. Ce marché est alimenté par l'utilisation de 600 000 hectares, sans commune mesure avec le potentiel surfacique d'un pays comme la France. Là encore, l'exemple brésilien nous montre que dès lors qu'existe une volonté politique forte et une incitation des producteurs à évoluer vers la filière énergétique, distributeurs pétroliers et marques automobiles (y compris Renault qui a développé une twingo "flex essence-ethanol" en attendant de nouveaux modèles) s'adaptent à la demande de ces produits.

Dans la perspective d'un modèle européen de croissance fondée sur le développement durable, ces biocarburants offrent également des solutions environnementales. Tout d'abord, il faut remarquer qu'ils constituent une ressource énergétique 100% renouvelable et aisément accessible, à l'heure où le niveau des réserves de combustibles fossiles donne lieu à des estimations comprises entre 20 et 80 ans suivant les méthodes d'extraction que l'on est prêt à payer pour accéder à de nouveaux gisements. Ensuite, l'utilisation massive de cette énergie a permis au Brésil de réduire de 35% ses émissions de gaz à effet de serre pour les transports, objectif qui va dans le sens des engagements pris également par la France au sein du protocole de Kyoto.

Devant ces arguments, on comprend mal que la France et l'Europe ne se soient pas encore résolument engagés dans la voie d'une politique d'indépendance économique, de responsabilité écologique et d'aménagement du territoire... Peut-être faut-il se tourner vers la manne fiscale que représente la TIPP et vers l'identité du premier groupe industriel français, TotalFina ELf, pour trouver des éléments de réponse au blocage...

Publié dans Environnement

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jean-claude 03/04/2009 21:48

Je suis horrifié par ce que je viens de lire sur les biocarburants !Alors qu'on ne sait pas du tout comment nourrir les deux prochains milliards d'habitants de la planète dans 20 ou 30 ansalors que l'on sait que les nouvelles terres cultivables sont trés réduitesalors que l'on sait que l'on ne peut plus augmenter la productivité des terres cultivées (d'autant plus qu'il faut réduire engrais et pesticides..alors que l'on sait, qu'à part les OGM (criticables certes) il n'y a pas d'autres lternativesvous, vous voulez utiliser les terres agricoles pôur faire rouler des bagnoles ! Bien sûr que tous les pays pauvres vont plonger (ils vendront plus chèr leur production.... en affamant la planète !Les biocaburants, c'est un crime  contre l'humanité !Comprenez qu'il faut arrêter de toute urgence la production de bio carburants !

bouquery 07/04/2008 19:20

Comme l'histoire a tourné !Maintenant les belles âmes ont le Tibéyaka et, heureusement J.Dray pour jospiner aux français.

bouquery 07/04/2008 19:20

Comme l'histoire a tourné !Maintenant les belles âmes ont le Tibéyaka et, heureusement J.Dray pour jospiner aux français.

Fred 08/04/2008 11:47


Je ne vois pas bien l'objectif de ressortir ce billet vieux de 3 ans. Est-ce que j'écrirais la même chose aujourd'hui ? Evidemment non. Le débat - inexistant à l'époque - s'est heureusement
développé et la tension sur le marché des matières premières alimentaires s'est malheureusement accrue, et j'entends parfaitement les objections à ces techniques.

Maintenant pour être honnête, je suis très loin de penser que les biocarburants soient les seuls responsables de l'insuffisance de l'offre et de la hausse des prix. On doit s'interroger sur la
myopie des politiques agricoles et notamment communautaire, mais aussi sur nos modes d'alimentation, qui conduisent à exploiter de larges surfaces pour l'alimentation animale, dans des proportions
bien supérieures à nos besoins réels en viande.

Je ne vois pas bien le rapport avec le Tibet ou Julien Dray, sauf à vouloir démontrer que je me trompe sur tout... relisez bien ces billets pour en comprendre l'exacte teneur (je ne soutiens pas J.
Dray et ai davantage parlé des responsabilités du CIO que je n'ai pris position pour le Tibet), et acceptez que je me trompe parfois et que je ne retire aucun article pour me refaire une
virginité..