Immigration, la nouvelle marotte de Sarkozy.

Publié le par Fred

Qu'on se le dise, Sarkozy est de retour ! Après une campagne schizophrène pour un "oui" qui prétendait détruire le modèle social, le président de l'UMP apparaît (quelle surprise) comme le grand vainqueur d'un scrutin qu'il a contribué à plomber pour mieux lever l'hypothèse Chirac. Mais ce n'est là que la première marche dans sa conquête de l'Elysée...

En prenant les rênes de Beauvau, il sera (cas inédit) candidat à l'élection présidentielle qu'il va lui même organiser, en s'appuyant des RG dont on peut craindre qu'ils travaillent pour leur seul patron et en établissant le découpage électoral chargé de construire une majorité législative. En revenant place Beauvau, il apparaît comme le rassembleur d'une majorité dont il pourra renier l'orientation économique le moment venu. Tout cela est bien évidemment dommageable en "démocratie", et il est nécessaire d'y rester attentif. Mais il y a peut-être plus grave.

Lecteur certainement attentif des enquêtes post-électorales, il ne lui aura pas échappé que l'un des enseignements du scrutin est la montée des peurs xénophobes dans l'opinion et en particulier dans les classes les plus populaires. Car si son ultra-libéralisme et son affection toute particulière pour le modèle américain peut rassembler un électorat de petits et grands patrons, il sait qu'il aura besoin, pour entrer à l'Elysée, de conforter son image auprès d'ouvriers et de salariés qui ont massivement rejeté le libéralisme supposé du TCE. Là où Chirac avait réussi un hold-up en cachant les enjeux sociaux derrière une priorité absolue à la très populiste "tolérance zéro", le ministre de l'intérieur peut espérer pareil exploit en imposant à l'agenda médiatique le thème de l'immigration. Après ses déclarations sur les clandestins qui seront "reconduits chez eux", TF1 consacrait aujourd'hui l'ouverture de son 20H aux filières de cette immigration clandestine... Comme lors de son premier passage à l'intérieur, il y a fort à parier que la popularité de Sarkozy se fasse sur le dos des populations les plus fragiles, soumises à une politique toujours plus liberticide.

L'immigration mérite un vrai débat de société. Celui-ci ne peut se limiter à l'équation étranger=chômage, comme hier étranger=délinquance. Il doit s'interroger sur les causes sociales de l'émigration et sur la nécessité de participer au développement des pays d'origine que le phénomène prive des forces vives qui pourraient y contribuer. Il doit étudier les enjeux économiques d'un travail au noir dont les bénéficiaires sont moins des travailleurs sous-payés et sans droit du travail que des employeurs organisant un véritable système d'évasion fiscale. Il doit nous conduire à réfléchir sur la structure d'un marché de l'emploi qui laisse 300 000 offres d'emplois non pourvues en France et qui, à l'horizon 2015 avec le départ en retraite des baby-boomers, ne pourra faire l'économie d'un appel sectoriel à la main d'oeuvre étrangère. Oui, l'immigration mérite un débat.

Mais ce n'est bien évidemment pas le seul débat à mener. Quel sera demain notre modèle social ? Quels objectifs pour une construction européenne qu'il nous faut repenser ? Comment construire une croissance soutenable et créatrice d'emplois ? Comment préserver nos ressources naturelles sans altérer notre niveau de vie ? Autant de questions et d'enjeux d'avenir que la prochaine présidentielle devra trancher, pour légitimer la politique sur laquelle se construira la France du siècle qui commence. Car on l'a vu sous Raffarin, l'absence de mandat démocratique clair conduit nécéssairement au choc frontal et au final, au blocage. L'obsession sécuritaire nous a privé de ce débat en 2002, ne laissons pas l'immigration nous en priver en 2007...

Publié dans Société

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