"Devoir de victoire"

Publié le par Fred

Le débat ne se limite pas aux candidats à l'investiture, mais est mené dans chaque section entre les militants. Voici donc l'intervention que j'ai faite hier soir à Villeurbanne.

Mes chers camarades,

Je voulais évoquer ici un argument qui revient souvent dans nos débats, celui du « devoir de victoire ». D’abord pour vous rassurer : personne dans cette salle ne veut laisser les clés de la maison-France à Nicolas Sarkozy. Mais aussi pour resituer l’enjeu : devoir de victoire, certes… mais aussi devoir de gouvernance et surtout de résultats. A chaque fois que la gauche a eu sa « victoire », elle a ensuite été battue et cela doit nous interroger.

Mais lorsque j’entends « devoir de victoire », j’entends en réalité deux arguments qui me semblent faire peser une chape de plomb sur nos débats et que j’estime dangereux.

Le premier –il a été développé ici soir – consiste à dire que puisque nous avons 3 bons candidats et qu’ils défendent tous le même projet, nous devrions naturellement nous rassembler derrière celui, et en l’occurrence celle, qui est la mieux placée pour l’emporter.
Le second, défendu hier par Ségolène Royal, consiste à dire que pour gagner, la gauche doit entendre et suivre l’opinion du peuple, faculté qu’elle aurait perdu et qui aurait conduit au 21 avril 2002.

Concernant le premier argument, je ne vais pas réciter à nouveau la litanie des Rocard, Barre ou Balladur élus par les sondages. Mais puisque l’on aime tant ces sondages au parti socialiste, citer simplement un exemple positif et instructif, celui de Lionel Jospin en 1995. Un mois avant sa désignation par les militants, la cote de popularité de Jospin mesurée par la Sofres s’élevait à 28%. Quelques jours après sa désignation, à 58%. Il ne s’agit pas simplement de dire qu’il y a un effet mécanique lié au fait que tous les socialistes se rassembleront derrière leur candidat. Cela je n’en doute pas une seconde. Mais au-delà, la légitimité que nous donnerons à notre candidat fera en sorte qu’il ne sera plus entendu en tant que Laurent Fabius, Ségolène Royal  ou Dominique Strauss-Kahn, mais en tant que candidat du PS, de la gauche, de l’alternance et de l’espérance sociale. Sa parole portera alors d’autant plus fort et je suis convaincu que ces conditions mettront notre candidat, quel qu’il soit, en position de l’emporter.

C’est pour nos débats une bonne nouvelle. Elle invite chaque militant à se prononcer, non plus selon des stratégies d’opportunités qui lui seraient dictées de l’extérieur, mais en conscience, sur l’orientation et la méthode qui lui apparaît la mieux à même de l’emporter et au-delà, de gouverner avec des résultats.

Et cela m’amène au deuxième argument, selon laquelle la bonne méthode pour gagner consisterait à savoir écouter le peuple. C’est évidemment vrai et notre mission de politique est d’apporter des réponses aux questions que nous pose le corps électoral. Mais cela doit-il nous contraindre à le suivre jusqu’à dire que notre position sera celle du peuple français ? Je ne le crois pas. Ce choix, il s’est présenté en 1981 à François Mitterrand. Devait-il garder l’abolition de la peine de mort, très impopulaire, dans sa poche au nom du devoir de victoire », ou devait-il faire preuve de courage sur cette question, au risque de perdre ? Il a choisi la voie du courage politique, et il a gagné.

Alors effectivement, nous devons tirer les conclusions du 21 avril. Je ne crois pas que nous ayons perdu parce que nous aurions mené une mauvaise politique, ou comme le dit Arnaud Montebourg, « une accumulation d’échecs et d’erreurs politiques qui ne peuvent servir de référence». Nous n’avons pas à rougir du bilan de Lionel Jospin, mais nous devons en revanche admettre que nous avons mené une mauvaise campagne, que nous ne devons pas reproduire. Ce que je retiens de 2002, c’est que lorsque la gauche joue le deuxième tour avant le premier, elle perd. Lorsqu’elle vend une personne avant de vendre un projet, elle perd. Lorsqu’elle confie son discours aux instituts de sondages et aux agences de communication, elle perd. Lorsqu’elle laisse la droite imposer ses thèmes, elle perd. Lorsqu’elle tente de la suivre sur son terrain (fut-ce pour le repeindre en plus social ou en plus juste), elle perd.

La gauche ne gagne pas par l’ordre, mais par la réforme sociale. Sur le temps de travail, le RMI, la CMU, les emplois jeunes, la réforme est notre héritage et ne donnons pas à la droite des armes pour nous la contester. Mais la gauche gagne aussi lorsqu’elle a le courage de ses convictions. C’était vrai je l’ai dit sur la peine de mort, mais aussi en 97 sur la présomption d’innocence ou le Pacs, et ce doit être vrai demain sur le mariage homosexuel, le vote des étrangers ou la Turquie. Parce qu’au fond, la gauche gagne lorsqu’elle remplit sa mission historique, qui n’est pas de suivre l’opinion, mais de faire bouger l’opinion.

Je conclurais simplement en disant qu’aujourd’hui, la méthode sociale-démocrate qui s’appuie sur le dialogue, la concertation et le contrat me semble précisément la bonne méthode pour remettre cette société en mouvement, pour faire bouger les lignes, pour rebâtir la confiance autour d’un nouveau compromis social, et en définitive, pour permettre à nouveau la réforme. Et c’est pourquoi je voterai les 16 et le 23 novembre pour Dominique Strauss-Kahn.

Publié dans Politique

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marc d HERE 12/11/2006 15:04

Gagner, oui bien sûr....Une chose me frappe dans cette campagne, c'est la rancune de Jospin et de la plupart des jospinistes, qui, alors qu'à l'évidence ils sont plus proches de DSK que des deux autres,  refusent de se prononcer pour lui, car ils estiment que c'est son maintien qui a empêché la candidature de Jospin. ....Ce qui n'est pas faux au demeurant. Rancune aussi vis à vis de Ségolène qui peut aller jusqu'à ne pas la soutenir après.....et la faire battre.
Attitude peu digne mais qui ne me surprendrait pas. Finalement elle ne serait que le pendant de celle de Villepin qui baignant dans la jalousie et la haine, fera tout pour faire perdre Sarkozy......C'est grand la politique parfois.....