Avant le deuxième débat

Publié le par Fred

J'écrivais la semaine dernière que ce deuxième débat pourrait-être le plus différenciant. Lorsque l'on parle de questions de sociétés - que ce soit de sécurité, des banlieues, de la justice, d'éducation, d'immigration ou bien encore de libertés sexuelles - il ne peut s'agir simplement de solutions. Ces questions nous renvoient à une certaine conception du rapport à l'autre, du vouloir-vivre ensemble, des droits et des devoirs qui fondent - précisément - une société. C'est parce qu'il est question de valeurs, et donc de ce qu'il y a de plus intime dans l'engagement de chacun, que je crois légitime que les divergences s'expriment.

L'ensemble de ces enjeux sont aujourd'hui soumis à une lecture néoconservatrice qui s'est imposée aux USA depuis le 11 septembre, et n'épargne pas la France à commencer par ses "classes populaires". Le militant que je suis est désarmé face à des "vérités de terrain" qui ne font plus débat dans la société, alors qu'elles auraient fait scandale dans la bouche de l'extrême-droite il y a moins de dix ans. La défense du modèle occidental justifie par ailleurs des politiques qui - en termes de libertés publiques, de relation à l'étranger ou de rapport à l'histoire - consituent à mes yeux autant de reculs sur les valeurs qui fondent ce modèle. Face à cette évolution des valeurs, le parti socialiste doit faire un choix stratégique qui conditionnera ses victoires futures.

Doit-il suivre l'opinion sur ces terrains, et s'approprier cette vison du monde en l'habillant d'un vernis plus social et plus juste, au risque de perdre son âme ? Ou comme Mitterrand et Badinter l'ont fait sur la peine de mort, faire preuve de courage politique en s'opposant à cette vision simpliste du monde, au risque de se couper plus encore de l'électorat populaire ? Est-on tenu à un devoir de victoire quel qu'en soit le prix politique, ou à un devoir politique quelles qu'en soient les conséquences électorales ? Tel sera en filigrane l'objet de ce débat, qui divise à n'en point douter les candidats à l'investiture.

Parce que je suis persuadé que la gauche n'a rien à gagner - on l'a vu en 2002 - à donner raison à ses adversaires, et parce que je crois à l'inverse que la réponse aux problêmes de notre société passe avant tout par la refondation du lien social et républicain, ce courage politique est pour moi la seule voie vers la victoire. Par son histoire particulière, non simplement du fait qu'il soit juif, qu'il ait grandi dans un pays de culture arabo-musulmane ou qu'il se soit construit politiquement dans une famille profondément laïque ; mais plus encore parce qu'il a su intégrer ces différents héritages - sans en renier aucun - dans une lecture humaniste de la société alliant responsabilité individuelle et progrès collectif, je pense que DSK doit être l'homme de ce courage et de cette nouvelle ambition républicaine.

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