Reconstruire à gauche

Publié le par Fred

Paradoxe. Au soir du 29 mai, une majorité de Français, et singulièrement à gauche, s'est prononcée pour une Europe plus forte, plus démocratique, plus sociale, plus solidaire. Un certain nombre de ceux-ci se sont saisis du bulletin "oui", pensant comme moi que ce traité constituait un premier pas décisif pour une nouvelle ambition : la construction d'une Europe politique après 50 ans d'une construction économique qui montre des signes d'essoufflement. D'autres, en nombre plus important, ont utilisé le vote "non" pour exprimer leur sentiment que le compte n'y était pas, que cette construction ne pouvait se faire sans une vraie rupture avec les politiques passées, sans une remise à plat associant davantage les peuples au projet. Comme souvent dans l'histoire de la gauche, celle-ci s'est déchirée, non sur le but mais atteindre, mais sur les moyens d'y parvenir. Les partisans pro-européens du "non" ont gagné sur un pari dont ils sont désormais comptables. Car nul d'entre-eux ne peut ni ne doit se satisfaire d'une victoire synonyme de statu-quo.

C'est une autre majorité qui s'est retrouvée dans les urnes pour exprimer son rejet du texte. Mais là n'est pas sa seule cohérence, car la dynamique du refus est d'abord celle d'une réalité sociale : depuis 20 ans, un travailleur sur trois a été directement confonté au chômage, et aucun des deux autres ne peut désormais se sentir réellement à l'abri. Elle se nourrit d'un sentiment d'injustice lorsque le pouvoir d'achat stagne alors que le rendement du capital atteint 15% par an. Elle rejette les politiques de colmatage qui n'ont eu d'autres résultats que l'émergence du travail précaire. Elle refuse les réformes structurelles qui remettraient en cause leurs acquis sans être associés à la définition des objectifs... Tels sont les enseignements d'un résultat qui s'impose désormais à tous.
Couvrant un large spectre reliant les deux extrêmes de l'échiquier politique, alliant souverainistes et internationalistes, droits-de-l'hommistes et traditionnalistes, cette majorité populaire ne peut toutefois être en mesure de se concrétiser en un débouché politique rendu néanmoins nécessaire par la crise qu'elle ouvre.

L'heure n'est donc ni au ressentiment, ni au réglement de compte. Laisser les "non" face à leurs contradictions en espérant qu'ils échouent pour pouvoir dire "on vous l'avait bien dit" n'est pas une attitude responsable. Fustiger le résultat au motif d'une erreur d'interprétation ou de stratégie n'est pas une attitude démocratique. Une majorité de Français s'est prononcée pour une Europe plus forte, plus démocratique, plus sociale, plus solidaire... Et c'est cette majorité qu'il convient de rassembler aujourd'hui autour d'un projet d'alternance à gauche répondant aux messages du 29 mai, pour transformer l'échec d'hier en perspectives d'avenir.

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