A strange feeling of déja-vu

Publié le par Fred

Entrez dans la valse des premiers ministres... Après le retrait de Lionel Jospin et le retour de Juppé, c'est Edouard Balladur qui annonce cette semaine sa décision de ne pas se représenter aux législatives. L'occasion pour moi de revenir sur un étonnant destin présidentiel...

Imposé au poste de premier ministre de François Mitterrand par Jacques Chirac - échaudé par la première cohabitation et soucieux de confier cette charge à un fidèle qui ne le trahira pas - Edouard Balladur n'a pourtant pas tardé à se sentir pousser des ailes. Il faut dire que les médias et les sondages l'y aident bien. Il est aux yeux des premiers l'incarnation d'une modernité libérale à l'anglo-saxonne qui - loin des préoccupations sécuritaires d'aujourd'hui - constitue la "pensée unique" d'un microcosme médiatico-intellectualo-économique... Le seul aussi capable de renouveler l'offre politique en supplantant la guerre à fleuret moucheté entre Chirac et Giscard - aussi appelée "machine à perdre" - qui empoisonne la droite depuis vingt ans. Certes, il ne dispose encore d'aucune structure politique, mais qu'importe : ses soutiens médiatiques joueront l'opinion contre les partis pour s'imposer à eux. La politique à-la-papa, c'est fini !

Une stratégie payante. Fort de plus de 60% d'opinions positives à l'automne 1994, il possèderait 15 points d'avance sur Jacques Chirac au premier tour et l'emporterait dans tous les cas de figure, tandis que le maire de Paris serait battu par Jacques Delors. Les ralliements d'appareil ne tarderont pas devant l'évidence de la victoire. A l'UDF, Bayrou, Leotard, Longuet, Veil ou Mehaignerie y verront l'occasion de pousser enfin Giscard vers la sortie. Au RPR, Pasqua, Sarkozy, Fillon ou Carignon n'hésiteront pas à invoquer un "devoir de victoire" ou à réclamer le "rassemblement" pour dissuader Chirac d'une candidature de témoignage vouée à l'humiliation. C'est sûr, il doivent bien rire de sa persévérance pathétique, de sa passion pour les indiens Taïnos et de son "livre de coloriages", comme ils doivent rire de sa "fracture sociale" et de ses oeillades à gauche... Edouard Balladur, lui, n'aura pas à se démultiplier ni à affronter son "ami de trente ans" sur le terrain des idées. Il lui suffira "d'être" pour l'emporter.

 

Le 23 avril 1995, Après deux ans de course en tête des sondages et deux mois d'une campagne tiède et minimaliste, Edouard Balladur est éliminé au premier tour de l'élection présidentielle. Habité des mêmes certitudes et d'une stratégie électorale voisine, Lionel Jospin sera victime de "balladurisation" en connaissant le même sort 7 ans plus tard. La sagesse populaire dit "jamais deux sans trois". Je préfère la croire lorsqu'elle dit que l'on apprend de ses erreurs...

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Monsieur Prudhomme 10/10/2006 13:42

La sagesse populaire dit : "l'expérience est une lanterne qui n'éclaire que le chemin parcouru"

jpb 08/10/2006 10:39

Mon Dieu, Ségolène...