Sacrée Grâce !

Publié le par Fred

Bien sûr, il se passe des choses bien plus graves en France et dans le monde. Bien sûr, les enjeux de la prochaine élection et – avant elle – de l’investiture socialiste méritent bien des billets sur ce blog… Mais je ne résiste pas à mon petit plaisir hebdomadaire de revenir sur l’épisode de « l’Etat de Grâce ». En espérant que « l’accident industriel » (une nouvelle quatrième position avec cette fois 10% de PDM et 700 000 téléspectateurs de moins) ne m’en prive pas trop vite...

Comme vous le savez peut-être, Notre Présidente tient un blog dont le contenu a été piraté pour rendre publique l'annonce de sa grossesse. Chargée de l'enquête, la DST tient du lourd : ca vient d'un "serveur bulgare situé à Hong-Kong appartenant à une société colombienne dont les fonds sont finlandais". J'offre un demi de Guiness à toute personne capable de m'expliquer cette phrase, mais on a compris le fond du message :  ca pue le complot. Un complot rapidement identifié, car derrière le serveur bulgare de Hong-Kong, on remonte à un ordinateur du Sénat. C'était bien la peine de prendre autant de précautions pour brouiller les pistes quand on est pas foutu d'aller au cyber-café du coin ou dans une université comme tout bon pirate qui se respecte... l'Oeuvre d'un sénateur éconduit, d'un battu revanchard ou d'un assistant parlementaire en mal de gloire ? N'y pensez même pas. Si ca vient du Sénat, une seule explication s'mpose, c'est l'oeuvre du Sénat. Une telle révélation fait immanquablement trembler le télespectateur que je suis, lui faisant déjà imaginer un coup d'Etat mené par les gardiens du jardin du Luxembourg, suivis par un cortège d'apparatchicks médaillés, armés de cannes et de sonotones, le tout sur la musique de la marche impériale de Darth Vader... Y'a pas à dire, ca fout les jetons.

Pourquoi diable le Sénat en voudrait tant à Notre Présidente ? Parce qu'elle a promis pendant sa campagne de le supprimer. "Lorsque j'étais prof à Sciences Po, nous dit un personnage, la séance sur le Sénat était toujours très animée : la suppression du Sénat est le dada des constitutionnalistes en herbe". C'est telement vrai qu'on sent bien le vécu du scénariste qui n'a pas résisté au plaisir de partager un émouvant souvenir de jeunesse. Du coup, je n'y résiste pas davantage... Lorsque "constitutionnaliste en herbe" moi-même, je déployais des trésors d'argumentations pour supprimer le Sénat (outre le fait que j'étais un jeune crétin de gauche qui n'y voyait que des vieux débris de droite), mon professeur de l'époque, un certain Philippe Bas devenu aujourd'hui ministre délégué à la sécurité sociale, a clos le débat par un argument imparable que je n'oublierais jamais : "le Sénat, c'est l'incarnation de la France éternelle, celle qui va le dimanche à la chasse aux champignons". Le même Philippe Bas avait par ailleurs débuté son année de cours en demandant qui était Breton, afin d'augmenter d'office leur moyenne de trois points... C'était bien sûr une boutade (en tout cas je préfère croire que j'étais bon pour de vrai... ), mais elle ne manque pas de sel lorque l'on apprend que l'UMP lui a trouvé une circonscription en Normandie, près du Mont Saint-Michel (fin de la parenthèse "je suis une balance").

 Heureusement, Notre Grâce désamorce rapidement la guerre civile qui menace... Sa proposition de supprimer le Sénat n'était qu'un contre-feu destiné à masquer sa véritable intention pour reprendre la main (les sondages étant toujours aussi bas que l'audience de sa série) : elle va organiser un référendum sur le mandat unique. La droite est bien sûr contre et fait valoir que privé de son madat national, le maire ne pèsera guère lourd face "aux députés, aux sénateurs et aux députés-maires" (des fois, il faut se relire quand même). Mais c'est surtout le premier ministre qui freine en faisant valoir que c'est au gouvernement de proposer un référendum, même que c'est l'article 11 de la constitution qui le dit (na !). Une précision littérale qui a certes le mérite de réhabiliter l'oeuvre de Jean-Pierre Raffarin dans la débacle du 29 mai, mais qui semble davantage relever d'un élatale de culture que d'une soudaine volonté pédagogique. Je ne vois pas en tout cas d'autre explication plausible dans un monde où la Présidente prépare son intervention devant le Sénat (j'ai mal à ma séparation des pouvoirs), où elle dépose un projet de loi sur la rémunération des parlementaires (j'ai re-mal à ma séparation des pouvoirs) et où enfin, elle "répondra à la convocation des juges comme la loi l'y oblige" (là, c'est Jacques Chirac qui a mal à la sienne).

Publié dans Politique

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Florent 06/10/2006 15:34

A regarder, c'est moyen, à lire sous ta plume, c'est un délice, l'Etat de Grace

Mado 06/10/2006 13:47

 
MDR, bon sang ne saurait mentir!!!