Redeker : malaise(s)

Publié le par Fred

Ci-dessous le texte publié par Bernard Poignant à propos de "l'affaire Redeker" et les sentiments qu''il m'inspire...

 

Il y a trop de silence ! Un professeur de philosophie, Robert Redeker, est obligé de se cacher parce qu’une fatwa a été lancée contre lui. Comme Salman Rushdie. Certains forums djihadistes donnent ses coordonnées pour permettre de l’assassiner. Quelques communiqués ont ponctué ce fait et puis c’est tout. Tout cela pour un article dans « Le Figaro » dans lequel il s’en prend vivement au prophète Mahomet. Son texte est incontestablement et même inutilement provocateur. Mais la liberté de penser, d’écrire et de publier est sacrée. Nous devons manifester un soutien plus énergique et plus visible à ce professeur. Au sein des religions, il y a des fanatismes. Le christianisme en a connu, du tribunal de l’Inquisition aux conversions forcées en passant par les bûchers. L’Islam en connaît aujourd’hui, de la guerre sainte proclamée aux kamikazes exaltés. A la fin du 18ème siècle, le Chevalier de la Barre a été condamné à mort pour avoir manqué de respect à une procession. S’élever contre cette décision n’a pas signifié condamner la religion catholique. Aujourd’hui l’esprit ou l’exigence de laïcité doit imprégner toutes les religions quelqu’elles soient.

Ce qui a été demandé aux catholiques par la République doit l'être aux musulmans par la même République. La très grande majorité d’entre eux sont d’accord pour suivre ce chemin. C’est une condition pour éviter le choc des civilisations et lui préférer le dialogue.

Bernard Poignant
Député européen

 

Cette affaire Redeker m’emplit d’un profond malaise…

 

Malaise bien sûr à l’idée qu’en France, un homme puisse aujourd’hui craindre pour sa vie au seul motif de ses idées. Les idéaux d’humanisme et de progrès qui animent notre république ne sauraient tolérer qu’un terrorisme intellectuel – de quelque nature qu’il soit – contraigne des penseurs ou des chercheurs à l’autocensure.

Mais malaise également, devant la faible condamnation des écrits incriminés. Si la liberté d’expression est sacrée, elle s’expose naturellement à la liberté de critiquer qui l’est tout autant. La condamnation de l’inadmissible ne nous contraint pas à une autre autocensure qui voudrait que l’on minimise le caractère extrêmement choquant de ces propos pour affirmer avec force le droit de les tenir. Non, Monsieur Poignant, vous ne pouvez pas vous en tenir à « inutilement provocateur » lorsque ces mêmes propos, s’ils étaient tenus à l’égard de la religion juive, de la communauté noire ou homosexuelle, vous conduiraient – à raison – à descendre dans la rue pour défendre votre croyance en l’égale dignité des êtres humains.

Malaise enfin, devant les amalgames que renforce la répétition de ces « affaires » et dans le piège desquels même un homme de gauche tel que vous peut se laisser prendre. L’islamisme n’est pas une pratique religieuse ; il est une doctrine politique à visée totalitaire, utilisant religion comme vecteur de standardisation comme naguère la race pour les nazis et la classe ouvrière pour les staliniens. L’Islam est quant à elle une religion de paix dont les pratiquants français n’aspirent – si l’on en croit le récent sondage de La Vie – qu’à vivre en harmonie avec la République. Stigmatiser ainsi les musulmans de France, fut-ce par un rappel bien intentionné aux principes de cette République, ne peut qu’accentuer leur sentiment de ne pas être traités en citoyens comme les autres. C’est ce sentiment de rejet, conjugué aux difficultés de leur intégration économique, qui produit le terreau fertile à la diffusion de l’Islamisme radical. C’est donc autant sur le terrain de la lutte contre les discriminations que sur celui des principes que nous pourrons le combattre.

Publié dans Politique

Commenter cet article

Florent 06/10/2006 15:29

Je comprends le malaise mais...Quand à une violence verbale on répond par des menaces de mort très réelles, désolé, mais la priorité est clairement de défendre celui est menacé de mort.Et comme, en plus, la presse française à l'exception notable de Charlie Hebdo est déjà sur cette position ambigüe ou on est pas loin du "il l'a bien cherché"...

Fred 07/10/2006 00:18

Bernard Poignant est visiblement sur la même ligne que toi, Florent.
Je vous soumets la réponse qu'il a eu la gentillesse de me faire par mail :
Cher Camarade,Pour arrêter une position, il faut s'appuyer sur quelques bases fortes:chacun peut publier ce qu'il veut dès lors que ses écrits ne sont pasattentatoires à la loi. R. Redeker, de ce point de vue, est dans la légalitécar le blasphème n'est plus un délit en France.Chacun peut réagir et contester l'écrit d'un autre par les mêmes moyens.C'est là qu'il faut s'entourer de quelques précautions et éviter que desécrits heurtent à tel point une confession qu'ils poussent ses fidèles versl'extrémisme voire le fanatisme. Pour la religion musulmane, l'islamisme està combattre sans faiblesse. Pour Redeker, il est à soutenir même si on n'estpas d'accord avec lui.
Je me sens en parfait accord avec ces précisions, même si je crois fondamental de rester vigilant sur la critique de l'Islam au nom de la lutte contre l'Islamisme. Non que la critique d'une religion soit un crime ni même un tabou. C'est un droit que je defends avec vous.
Mais la tentation de faire rejaillir par ce biais la responsabilité des dérives fanatiques sur l'ensemble des musulmans me semble vivace chez de nombreux auteurs proches d'un néo-conservatisme particulièrement en vogue... L'instrumentalisation de cette idéologie, à des fins mercantiles comme électorales, mérite qu'on ne la passe pas sous silence.

makhno 04/10/2006 19:32

Prendre prétexte de la "liberté d'expression" pour diffuser des idées racistes et xénophobes, très peu pour moi.
Je ne prendrai bien entendu pas le parti des allumés qui le menacent, ils n'ont aucune excuse, mais c'est trp facile aussi de déclarer n'importe quoi et de venir ensuite réclamer la solidaité de gens qui n'ont rien à gagner dans ces luttes de chapelles intégristes (des deux côtés).
Cordialement