Grâce et Lionel

Publié le par Fred

J’appartiens aux 12% de téléspectateurs qui ont regardé la nouvelle « série-événement » de la rentrée de France Télévision, « L’état de Grâce ». J’avais au moins trois bonnes raisons de le faire. D’abord, parce que ce n’est quand même pas si souvent que la production française innove dans ce genre télévisuel particulièrement prisé en ce moment. Ensuite, parce que la politique-fiction est bien évidemment un thème qui me parle et enfin, parce qu’indépendamment de mes préférences au sein du Parti Socialiste, je pense tout ce qui participe à la normalisation de la place des femmes en politique va dans le bon sens. C’est qu’à l’inverse des commentateurs politique, j’ai la naïveté de croire que les Français sont capables de faire la part des choses et de comprendre que l’on peut être en désaccord politique avec Marie-Georges Buffet, Michèle Alliot-Marie ou Marine Le Pen sans être nécessairement machiste.

Lionel pensait que sa "qualification" lui permettrait de le démontrer. Lui, le grand artisan de la parité et le chef d’un gouvernement où les femmes n’étaient pas uniquement là pour la photo, entendait porter le débat sur le terrain des valeurs pour endiguer le « danger » que représente à ses yeux Ségolène. Mais il commettait là une triple erreur de jugement. En entrant aussi tard en campagne, il n'avait pas le temps de dépasser le stade des bilans pour se projeter dans un projet qui ne soit pas qu'un rappel de fondamentaux. La deuxième a été de croire qu'il lui suffisait d'être là pour obtenir le désistement de ses anciens ministres, quand eux avaient dépassé le stade du jospinisme pour en tirer des enseignements contradictoires pour l'avenir. Enfin, Lionel a probablement sous-estimé que sa propre candidature renforçait au contraire l’impression d’une guerre de personnes qui profite à celle qui se nourrit des « attaques ». Le retrait de cette candidature, en levant l'argument de l'ambition personnelle, ne pourra que consolider le poids de sa parole pour contribuer utilement au débat. Celui-ci devrait donc - à moins que Jack n'obtienne ses signatures - représenter un choix clair entre trois options : celle de Laurent Fabius insistant sur le pouvoir d'achat et le rôle de l'Etat, celle de DSK pour une social-démocratie rénovée créant les conditions de la croissance tout en luttant contre les discriminations, et celle de Ségolène pour un "ordre juste" qui s'intéresse avant tout aux problêmes quotidiens.

Le quotidien, c'est précisément la priorité de la Présidente Grâce Bellanger. Elle ne ressemble en rien à Ségolène, mais beaucoup à l'image que l'on s'en fait... Ancienne militante associative, elle refuse l'idée d'un "guide éclairé de la nation", veut détruire le "mandarinat" de l'ENA, offrir un toit à chacun et élargir le conseil de sécurité de l'ONU. Mais elle veut aussi vivre pleinement sa sexualité avec son prof de golf, se déguiser pour écouter dans la rue ce qu'on dit d'elle, continuer de suivre des cours de tango, et sympatiser avec la femme de ménage et le gendarme qui garde (jour et nuit, le pauvre) l'entrée de l'Elysée. Au final, si l'effet comique est bien au rendez-vous, j'en sors un peu frustré et déçu. Frustré parce que l'on est bien loin d'un "West wing" nous invitant dans les coulisses du pouvoir. Les enjeux sont simplifiés à outrance et les relations avec le gouvernement et les médias, caricaturaux. Sans doute les programmateurs de France Télévision ont-ils estimé que l'on ne pouvait pas se permettre de parler de politique en prime-time... Mais surtout déçu parce que conjuguées, la légèreté du personnage (que l'on aurait sûrement pas osé évoquer pour un président "homme") et la faiblesse de son niveau politique donnent raison à ses détracteurs. A vouloir lutter contre le machisme, on en utilise les poncifs les plus maladroits. C'est dommage.

Publié dans Politique

Commenter cet article

Bénédicte 02/10/2006 11:59

Bravo, excellente analyse. Je ne peux qu'espérer que les socialistes reviennent à la raison et suivent DSK lors du vote pour l'investiture le 16 novembre.
Entre Fabius qui a tout d'un paria, et Ségolène qui joue avec l'opinion publique, et picore à droite à gauche des idées pouvant plaire à la population, il ne reste plus que DSK qui reste solide et honnête. Il n'a jamais changé de ligne de mire, il croit en la sociale démocratie et je le suis aveuglément sur ce chemin.

hadrien 01/10/2006 01:30

très bon article! félicitations! :)