Ca chauffe...

Publié le par Fred

Plus de trois semaines déjà que nous vivons sous "alerte orange" et des températures comprises à Lyon entre 34 et 37°... Il va falloir s'y habituer : l'été n'est plus une saison à randonner en montagne ou à lézarder sur la plage, mais - comme le recommandent les pouvoirs publics - à passer "2 ou 3 heures par jour dans des lieux climatisés comme les centres commerciaux"... D'ailleurs, l'hiver glacial que nous avons traversé (rien de d'en parler, on se sent rafraichir, non ?)  était moins une saison à skier qu'à passer 2 ou 3 heures par jour dans des lieux chauffés comme les centres commerciaux ; et les cyclones automonaux ont moins incité les néo-orléanais à aller à la pêche et aux champignons qu'à passer deux bonnes semaines à attendre les secours dans des lieux protégés des eaux comme des centres commerciaux. C'est ainsi que l'on nous ment depuis Kyoto : ce n'est pas la société de consommation qui réchauffe la planète, mais le réchauffement climatique qui pousse à consommer...

Prenez par exemple l'électricité. Depuis plusieurs générations, on sait que cette saison est particulièrement propice aux économies d'énergie et à l'amortissement des lourdes factures hivernales. Mais en période de canicule, il n'en est plus rien : le maintien à température acceptable des habitations, bureaux, réfrigérateurs et ordinateurs fait cette année bondir la consommation énergétique de 4% par rapport à un mois de juillet lambda. Heureusement, nous autres Français pouvons nous enorgueillir de notre beau parc nucléaire capable de produire une énérgie sans impact supplémentaire sur le réchauffement climatique. Sauf que celle-ci ne peut exister sans un minimum d'eau à peu près fraiche pour refroidir les centrales... Confrontée à une pénurie d'eau, EDF avait ainsi dû importer en août 2003 de cette électricité beaucoup moins écologique et beaucoup plus pétro-dépendante qu'elle raille habituellement chez nos voisins européens. Cet été, c'est promis, on ne le refera pas. D'ailleurs, le gouvernement vient pour cela d'autoriser EDF à rejeter dans nos fleuves de l'eau à "température supérieure aux normes", avec le risque de déstabiliser des écosystèmes déjà fragilisés par une raréfaction de l'oxygène et de contribuer encore un peu plus à la hausse des températures... Alors bien evidemment, cette décision s'accompagne de discours rassurants sur son encadrement et le faible danger qu'elle induit, mais il faudrait alors se poser la question de la pertinence de "normes", dont c'était précisément là la mission.

Loin de moi pourtant l'idée de rejeter sur le seul gouvernement une responsabilité qui incombe individuellement à chacun de nous. Mais je ne peux me satisfaire d'un "plan canicule" qui ne vise qu'à en limiter les désagréments sans en attaquer les causes. Au travers de l'exemple énergétique, l'on voit bien que la préoccupation majeure des pouvoirs publics est de s'adapter à des conditions exceptionnelles (mais qui tendent à se banaliser) pour préserver au maximum nos habitudes de vie. C'est au contraire celles-ci qu'il convient de transformer. Quel que soit le crédit que l'on accorde par ailleurs à la science pour répondre à ces enjeux climatiques, par exemple en optimisant l'utilisation que l'on peut faire de l'énergie qui se déverse sur Terre plutôt que d'en produire de nouvelles, chacun est aujourd'hui conscient de l'importance d'un mode de vie plus économe. Si de tels événements climatiques sont propices à une prise de conscience, la responsabilité du politique doit être de l'exploiter pour la traduire en comportements. Non pas comme l'avait fait Raffarin pour en payer les conséquences... mais pour les circonscrire. Des mesures incitatives pourraient être imaginées pour revenir sur le dogme du transport individuel (par le péage urbain, la modulation des tarifs de transports en commun, des primes de covoiturage...) ou pour mieux contrôler la consommation énergétique domestique (comme une taxe sur les climatiseurs dont les populations les plus fragiles seraient exonérées)...

 L'inertie climatique est estimée au bas mot à un siècle. Faute d'agir aujourd'hui, nos arrières petits-enfants continueront donc de subir les conséquences de notre mode de vie... A moins qu'ils n'aient d'ici là définitivement établi leurs habitats dans des centres commerciaux climatisés.

Publié dans Environnement

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Cécile 27/07/2006 14:31

en même temps, c bientôt la fin des soldes, il faut en profiter, des centres commerciaux climatisés! :op
comme d'habitude, je suis tout à fait d'accord avec toi, les péages urbains, va bien falloir s'y mettre. je crois que c'est une proposition qu'on a "oublié" d'intégrer au projet socialiste...
bon été!