L'hypothèse Jospin...

Publié le par Fred

"Si Lionel Jospin est le mieux placé pour battre la droite, je le soutiendrai", déclarait Ségolène Royal le 7 juin dernier sur RTL... Il est des moments comme cela où l'histoire semble vouloir bégayer, me renvoyant immédiatement à l'image d'un autre favori des sondages, Michel Rocard, déclarant qu'il était candidat à la présidentielle... si Mitterrand ne l'était pas. On sait ce qui est advenu : au plus bas dans les intentions de vote et déjà enterré par les commentateurs de l'époque, le premier secrétaire du PS avait su transformer cette marque maladroite de déférence en appel légitimant sa position de seul recours capable de rassembler la gauche. C'est donc sur ce même registre que l'ancien mitterrandien averti qu'est Jospin entend exploiter une brêche qu'il attendait depuis plusieurs mois...

En toute honnêteté, je suis profondément en désaccord sur cette conception - aussi bien chez Royal que chez Jospin - selon laquelle on ne doit être candidat que si "l'on est le mieux placé". Certes, je comprends l'argument du refus de la division. Mais je crois également que la désignation ne peut se contenter d'être la ratification d'un état de fait ou l'aboutissement d'une démarche visant à régler les problèmes internes au parti. Les militants ont adhéré pour faire un choix, et ils ont le droit de se prononcer, dans le cadre d'un projet qui a le double mérite d'être une synthèse que chacun des candidats peut s'approprier, et d'être suffisamment ambitieux pour nécessiter d'y hiérarchiser les priorités et de débattre sur la méthode que l'on compte suivre pour y parvenir. C'est à l'aune de ce débat que nous pourrons juger de la crédibilité du candidat qu'il faudra opposer à la droite.

On ne soulignera pourtant jamais assez ce que la gauche doit à Lionel Jospin. Agonisante dans le climat des affaires qui ont émaillé la fin de règne de Mitterrand, il a d'abord su lui rendre sa respectabilité en virant en tête du premier tour de 1995, avant de réussir l'improbable synthèse de la "gauche plurielle" réconciliant progrès social et pragmatisme au sein d'un gouvernement qui restera comme l'un des meilleurs de la Ve République. Ce passé lui confère une dimension d'homme d'Etat qui peut sembler manquer aux autres postulants. Mais il l'avait déjà en 2002 et risque grandement de l'écorner en revenant ainsi sur une déclaration "définitive" dont il dit lui-même qu'elle était la marque de la droiture morale que chacun s'accorde à lui reconnaître...  Oui, le peuple de France a commis une erreur en reconduisant Jacques Chirac à la Présidence de la République, et il en est aujourd'hui pleinement conscient... Mais il est illusoire de croire que cela suffise à produire un vote de pardon mû par je ne sais quel sentiment de culpabilité : la donne politique a changé, et il est plus que jamais nécessaire d'apporter les réponses que nous avions échoué à renouveller lors des échéances précédentes.

Or, face à un Sarkozy qui réussit l'exploit d'incarner une rupture d'avec son propre parti et gouvernement, la tentation première de Lionel Jospin, telle qu'il l'a présentée sur TF1, est de "défendre ce à quoi la France est attachée". Cette position de rempart s'appuie à mon sens sur une terrible illusion d'optique : ce n'est pas la politique de la droite qui conduit à la précarisation, aux délocalisations ou à la faillite de l'état-providence, c'est l'évolution récente de notre appareil productif dans un contexte industriel et financier mondialisé. Et s'il nous faut combattre les renoncements d'une droite libérale qui n'aspire à rien d'autre que de courber l'échine pour faciliter ces mutations, rien ne serait pire qu'une campagne immobiliste flattant l'utopie d'un petit village gaulois résistant encore et toujours à l'envahisseur. Si la France est incontestablement angoissée pour son avenir, elle n'en aspire pas moins au changement... Et je ne crois pas en la capacité de Lionel Jospin, quelles que soient par ailleurs ses immenses qualités, à incarner ce changement.

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Karim AOU 19/07/2006 11:43

 
Depuis la parution de la tribune de Lionel Jospin intitulée " Mai 2007, quatre enjeux majeurs ", les commentaires sibyllins et hostiles se multiplient dans le microcosme politique français à propos de son éventuelle candidature à la prochaine élection présidentielle. Est-ce pour autant que le retour de l’ancien Premier ministre n’est ni souhaité, ni souhaitable par et pour les Français ?
 
La mobilisation populaire, à l’occasion du référendum sur le Traité établissant une Constitution pour l’Europe, a démontré l’importance du fossé qui sépare les aspirations du peuple de Gauche et les intentions de ses élites politiques. Les prétendants à l’investiture socialiste et leurs supporters, si prompts à disserter sur le retour de l’ancien leader de la Gauche Plurielle, peuvent-ils s’ériger à la fois en libres commentateurs, juges impartiaux et parties prenantes d’un processus de désignation qui n’est pas encore ouvert ? Est-ce à ces derniers, au président de l’UMP, candidat néo-conservateur à la rupture avec le modèle social français, aux sondages ou aux médias qu’il appartient de décider qui devra porter le projet socialiste et les aspirations de toutes les victimes de la politique ultra-libérale, réactionnaire et liberticide menée par la droite depuis 2002, à l’occasion des élections du printemps prochain ? Certainement pas, les militants socialistes seront les seuls maîtres de la décision et leur choix engagera tout le Parti Socialiste.
 
Si l’on se fie aux nombreuses personnalités rêvant de briguer la fonction élyséenne, la famille socialiste constitue incontestablement un vivier riche de talents. La candidature de Lionel Jospin doit-elle y être considérée comme une simple candidature de plus ou porte-elle l’espoir du véritable rassemblement des socialistes ? Ses propos de ces derniers jours montrent qu’il souhaite recentrer la campagne présidentielle sur le fond, en insistant sur les problèmes causés par la crise sociale, économique et démocratique que subit notre pays. Il pose la nécessité de clarifier les propositions auxquelles le candidat du PS devra s’identifier, tout en louant le contenu du projet socialiste qui, plus qu’un socle, constitue pour lui la boussole qui guidera la Gauche vers les victoires de 2007. Sur les priorités esquissées dans Le Monde que sont l’Emploi, le pacte républicain, le rôle de la France en Europe et dans le monde, ainsi que le progrès scientifique et technique, Lionel Jospin trace des perspectives. Il nous montre le chemin vers " une France républicaine et non communautaire, indépendante et non-atlantiste, keynésienne et pensant à partager les fruits du travail économique ", vers une France d’avenir et de progrès, telle qu’il l’a envisagée au journal télévisé de TF1.
 
Certaines voix plutôt partisanes voudraient cantonner Lionel Jospin à un rôle d’autorité morale, l’emprisonner dans le serment (indépassable ?) de son retrait de la vie politique, le contenir dans une image d’homme du passé. Pour ce qui est du passé, il possède aujourd’hui l’atout des leçons qu’il a tirées des deux dernières campagnes présidentielles et il a la légitimité du travail accompli par le gouvernement qu’on qualifiait alors de " plus à Gauche d’Europe ". Mais Lionel Jospin est surtout le seul responsable politique à faire abstraction des questions de personne pour privilégier les idées et se focaliser sur les enjeux fondamentaux, à l’heure où les autres aspirants se complaisent dans une pré-campagne aux allures " people " et aux faux-débats populistes.
 
Si la Gauche espère incarner l’alternative, il lui faudra donner du sens à son programme, dépasser le carcan des polémiques convenues, rénover ses pratiques et se rassembler. Remplir ces préalables ne sera pas chose aisée et peu de gens ont la légitimité, l’expérience et la capacité, en un mot la stature, pour y parvenir. A trois mois de la primaire socialiste et à dix mois du scrutin présidentiel, il est temps d’apporter une réponse définitive à une " question ouverte " dans l’intérêt du pays et nos concitoyens, Lionel Jospin doit être candidat.
 
 
 

Cécile 07/07/2006 13:04

à mon avis, jospin sait très bien qu'il n'est plus en capacité d'incarner quoi que ce soit. son temps est passé.
par contre, il sait à quel point son ralliement coûte cher. il fait monter les enchères, met la barre le plus haut possible, fait tout ce qui est encore en son pouvoir pour barrer la route à ségolène royal.
Jospin ne se ralliera qu'au meilleur, au plus légitime, au plus indiscutable. comme il refuse que ce soit royal, il fait croire que ça pourrait être lui.
le problème est que ça handicape temporairement DSK...