Temps de parole

Publié le par Fred

Le Conseil Supérieur de l'Audovisuel aura finalement donné raison - contre son gré - à un François Bayrou qui n'a de cesse de proclamer sa liberté vis à vis de la majorité UMP... En établissant (à la demande de Bernard Accoyer, président du groupe majoritaire à l'assemblée) que les 11 députés UDF ayant voté la censure faisaient désormais partie de l'opposition et que leur temps de parole devait donc être décompté dans le tiers attribué à celle-ci, le CSA a rendu une décision ubuesque. Ces 11 là sont donc dans l'opposition, tandis que les 19 qui ne l'ont pas voté ainsi que ceux qui n'ont pas eu à voter (sénateurs, députés européens, élus locaux) restent dans la majorité, même si nombre d'entre-eux soutenaient le vote de cette motion de censure... Pour un parti dont l'unique motion présentée au congrès a recueilli plus de 91% des voix, voilà bien en effet un désordre inédit et - aux yeux des sages de l'audiovisuel - bien plus schismatique que les querelles opposant Villepin à Sarkozy...

Scandaleuse politiquement (car revenant finalement à assurer 66% du temps d'antenne à la seule UMP), cette décision montre surtout l'absurdité conceptuelle de la règle des "trois-tiers". Car s'il arrive à la majorité d'être "plurielle", l'opposition est par nature divisée, ne se définissant qu'en creux de la politique gouvernementale. Voila pourquoi le CSA avait institué l'usage de comptabiliser les temps de parole "de gauche" et "de droite", afin de garantir la stabilité de ceux-ci dans le temps (hors membres du gouvernement). Les communistes, qui avaient pourtant voté à l'unanimité une censure déposée contre le budget de Michel Rocard établissant la CSG, ont ainsi toujours été comptabilisés comme appartenant à cette majorité. La décision d'hier constitue donc un précédent dangereux, où une instance administrative se donne le droit de modifier les équilibres politiques en fonction d'un vote ponctuel...

Mais comment dès lors classer ceux qui, faute de représentation, ne votent pas ? Faut-il placer Arlette Laguiller, Jean-Marie Le Pen et José Bové dans la majorité puisqu'ils ne votent pas contre le gouvernement ? considérer qu'ils ne sont pas politiques et leur donner une liberté de temps de parole ? Où simplement se fier à leurs déclarations pour ou contre le gouvernement et les changer de camp selon les sujets ? Comment alors classer (exemple bien improbable je l'admets), le discours d'un ministre qui pronerait la rupture avec la politique qu'il fait voter par le parti qu'il dirige ? Non. Il est grand temps de moderniser ce système en attribuant des temps de parole au pro-rata des votes recueillis par les différents partis aux dernières élections.

Enfin, et c'est finalement le seul détail amusant de l'histoire, on retiendra peut-être que la motion de censure avait été déposée non contre un projet politique, mais contre les pratiques d'un gouvernement dont les numéros un et deux se présentaient comme la victime des cabales lancées par l'autre afin de l'empêcher de se présenter aux présidentielles... Le CSA a tranché : la majorité, ce sont ceux que l'obsession du pouvoir oppose à chaque fois que l'occasion se présente ; l'opposition, ceux qui pensent que le gouvernement serait plus inspiré de s'intéresser à la France.


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