La gauche a besoin du débat

Publié le par Fred

Je dois l’avouer, j’aime bien Francois Rebsamen. Disons que j’ai pour lui le même respect que celui que j’ai pour Bertrand Delanoë ou Gérard Collomb. Le respect que l’on doit à ceux qui ont conduit depuis des années des combats perdus d’avance, assumé des candidatures dont personne ne voulait et qui, à force d’engagement local et de persuasion, ont fini par l’emporter. Je l’apprécie d’autant plus que l’ayant rencontré lors de la campagne pour le « oui », il avait défendu avec vigueur le travail de la social-démocrate allemande Evelyne Gebhardt, également présente ce jour-là,  sur la « directive services ». On sait ce que la synthèse a fait par la suite de ce positionnement mais, dans le contexte de cette campagne, c’était courageux.

Si je dis cela, c'est parce que depuis quelques semaines, ses prises de position me désespèrent. Non que je lui nie le droit à avoir ses convictions et ses préférences, chacun a les siennes et j'entends que toutes nous éclaireront pour remplir notre objectif commun : désigner le meilleur candidat face à Nicolas Sarkozy. Mais parce que j'ai peur que, confondant ses opinions personnelles avec l'intérêt du parti, il ne renonce à nos valeurs démocratiques et ne succombe à la tentation un peu chiraquienne de mettre les règles collectives au service d'intérêts particuliers. Ainsi en va-t-il lorsqu'il invite nos candidats au retrait face à "l'évidence" des sondages ou affirme dans la même interview que le premier secrétaire a vocation naturelle à être candidat (quand lui-même s'évertuait à découpler les deux fonctions pour ne pas entrer trop tôt en campagne...). Ainsi en va-t-il, surtout, lorsque secrétaire à l'organisation du parti, il s'échine à en changer les règles pour repousser les déclarations officielles de candidatures et éviter tout débat contradictoire pour ne pas "abimer" notre candidat. Ce débat, pourtant est inscrit dans nos gènes. Il est présent à tout moment de notre vie interne, qu'il s'agisse de voter pour un projet, une motion, ou un candidat aux législatives. Ce qui est vrai localement doit l'être encore plus pour ce qui est le rendez-vous fondateur de notre Ve République : l'élection présidentielle.

Ce débat, nous le devons aux militants et en particulier aux quelques 50 000 nouveaux adhérents qui viennent de nous rejoindre. Ceux-ci ne sont pas simplement venus pour exercer un suffrage censitaire. Ils sont venus pour forger leur opinion au-delà de la présentation caricaturale des enjeux proposés à l'extérieur du parti par les médias. Ils sont venus pour peser sur le débat interne, participer à ces confrontations, faire bouger le parti par leurs prises de position. Ils ont le droit de voter en conscience, après confrontation, pour celui ou celle qui leur semblera le plus solide dans la course de fond qui va s'engager.

Ce débat, nous le devons surtout à la France. Elle en a été privée en 2002 quand les deux "candidats naturels" se sont livré à une surenchère sécuritaire. Nous avons alors perdu faute d'avoir su sortir de ce piège, d'avoir pu imposer nos thématiques, d'avoir exposé nos propositions. Cette campagne sera difficile parce que la droite voudra nous enfermer dans le même piège, et risque fort de déterminer l'agenda, nous contraignant à nous contenter de réagir face à sa politique au pouvoir. Voila 4 ans que cela dure et que la France pense que nous n'avons plus rien à proposer. Il est temps que cela cesse. Prodi a gagné en Italie parce que le débat à gauche a passionné les italiens pendant des semaines, et créé un courant d'adhésion qui allait au-delà des (petites) frontières de sa démocratie chrétienne. En France, c'est bien le débat interne du PS sur l'Europe qui a créé les clivages majeurs qui ont fait le débat référendaire. Offrons ce débat à la France pour donner de la visibilité à nos propositions, démontrer la vitalité de nos idées, imposer nos thèmes de campagne aux médias et à la droite.

La gauche s'est toujours nourrie du débat. Elle n'a pas à le craindre : celui qui a peur de le perdre dans le parti ne risque pas de vaincre dans le pays.

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Adrien 31/05/2006 20:29

S'il y avait un débat, je crois que les deux candidats sérieux qui se distingueraient seraient DSK et Fabius. Je préfère ce dernier, il me semble plus capable d'unir la gauche (Taubira, Chevènement et Bové parlent de sle soutenir s'il est le candidat du PS) ; mais, de toute façon, je ne comprends pas pourquoi des strauss-kahniens deviennent "ségolistes"... ils feraient mieux, à la rigueur, de rester strauss-kahniens ! ;-)

alice 26/05/2006 18:53

Oui, c'est effrayant ce qui est en train de se produire. Pour ma part je n'estime pas que le n°2 du PS ait le droit de brider ainsi le débat interne et le droit de dire : "Les présidentiables, il n'y en a pas tant que ça : quelqu'un qui est en haut des sondages, Ségolène ROYAL, et puis logiquement, le premier secrétaire du PS" (Europe 1, 22/05).