Contre le renoncement

Publié le par Fred

Comme vous pouvez l'imaginer, j'étais vendredi soir à la rencontre lyonnaise avec DSK (On voit même ma chemise beige sur yahoo, ma tête étant derrière le menton de Dominique, tandis que l'on distingue parfaitement la mère de ma fille à mes côtés). Difficile de résumer une soirée à la fois longue et sans doute trop courte, son choix ayant été de priviliégier les échanges avec la salle sur des sujets divers et variés (services publics, opa, immigration, codéveloppement, éducation, économie solidaire, banlieues, énergie et environnement, emploi, parité... etc...). Mais je veux reprendre ici à mon compte l'exposé introductif sur la situation actuelle de la France, et partager avec vous les quelques points-clés qui fondent la justification de sa candidature...

Bien sûr, nous dit DSK, la France ne va pas bien. Mais ce qui est sans doute pire, elle semble résignée à ne pas aller mieux, et doute de sa capacité à affronter la vague de la mondialisation qui "emporte tout" du modèle politique et économique bâti en France depuis deux siècles. Les crises qu'elle traverse, du non au référendum au CPE en passant par les banlieues, sont autant de manifestations de cette angoisse et d'une tentation de "résistance" face au monde qui nous entoure. Cette tentation est légitime, compréhensible, et pourtant dangereuse : une politique de repli, portée par une partie de la gauche, pourrait tenir 2 ans, peut-être 5, mais ferait perdre autant de temps à notre pays. Face à la tentation immobiliste, DSK critique moins la politique de la droite que son absence de politique : elle a renoncé à faire évoluer notre modèle social, renoncé à moderniser le vouloir vivre ensemble, renoncé à l'ambition européenne, renoncé à l'idée que l'on peut créer de la croissance... La rupture préconisée par Sarkozy n'en est pas une, mais la consécration de ce renoncement : puisqu'il est devenu trop difficile de faire vivre notre héritage politique dans une économie mondialisée, détruisons-le. Cette rupture-là est un abandon.

Refusant tant l'immobilisme que le renoncement, DSK estime qu'un projet pensé pour gagner en 2007 est nécessaire, mais pas suffisant. Il constate que la gauche française est la seule en Europe à n'avoir jamais été réélue et pense qu'il est temps de poser les bases d'une sociale-démocratie durable. Celle-ci devra dire honnêtement ce qu'il est possible de faire, mais également s'incrire dans un projet de long-terme, rompant avec le dogme (selon lui fatal à Jospin en 2002) que passé les 100 premiers jours, on ne peut plus porter de réforme de fond. Quelles seraient les priorités de ce réformisme social-démocrate ?

Fidèle à son engagement internationaliste, il affirme qu'un "socialiste n'a pas le droit de pleurer quand une délocalisation créée du développement au Maroc ou au Mali" mais est persuadé que si l'on ne fait rien, la concurrence des pays à bas-prix submergera l'ensemble des secteurs d'activité. Reprenant son idée de "compétitivité-produit" plutôt que "compétitivité-prix", il veut d'une France qui s'appuie sur ses points forts pour préparer aujourd'hui la croissance et les emplois de demain, et pour que la mondialisation ne provoque plus de drames sociaux. La priorité budgétaire d'un gouvernement socialiste devra être un investissement massif dans l'éducation, la recherche et l'innovation, notamment dans les domaines de l'environnement et des énergies renouvelables. Il dispose pour la financer d'une "cartouche unique", la suppression des baisses d'IR consenties par Chirac. Pour DSK, c'est clair : on la perte de ses ressources n'a pas permis de créer de l'activité et c'est pourquoi l'on doit les réorienter vers l'investissement et dire clairement qu'on a pas les moyens de se passer de cet argent.

Ensuite, gagner des marges de manoeuvre en repensant ce qui fait le corps de la doctrine socialiste : la redistribution. Pour DSK, la société s'épuise à corriger en permanence des inégalités croissantes : "plus on écope, plus le trou s'élargit et plus il y a d'eau à écoper". Le "social-libéralisme" dont on l'affuble souvent ne peut accepter de corriger les effets du marché, mais doit avoir l'ambition de le "courber" pour le mettre au service d'un projet de société. Il faut donc internaliser les objectifs de ce projet par des "politiques incitatives et au besoin, coercitives" pour détruire les inégalités à leur source. Il préconise par exemple de moduler l'impôt sur les sociétés en fonction du pourcentage de jeunes employés, ou de remplacer la discrimantion positive territoriale (zones franches) par des dispositifs attachés aux personnes (contrats aidés pour les habitants de banlieue). Mais il faut également réformer les services publics qui ne jouent plus leur rôle d'ascenceur social et creusent aujourd'hui des inégalités dès le plus jeune âge : la santé et l'éducation.

Enfin, rappelant que les familles Strauss-Kahn et Sarkozy sont françaises depuis moins longtemps que les Antilles, il considère comme insupportable l'idée qu'il existerait "des français de seconde zone" et qui doutent eux-même de leur identité française. La lutte contre les discrimnations est pour lui "une politique culturelle" : la République doit revendiquer son multiculturalisme et se nourrir des différentes identités qui font sa force. C'est le refus de cette diversité, le repli sur soi et le dogme assimilationniste qui engendrent en retour le communautarisme et mènent, "avant dix ans", à une nouvelle explosion des banlieues. Au coeur de la rénovation du lien social, il faut tirer les conséquences de l'échec des politiques d'urbanisme pour retrouver une nouvelle ambition territoriale : construire de nouvelles villes mêlant logements, commerces et entreprises pour "remettre de la vie" dans la mixité sociale. C'est là son premier engagement éthique : "si l'on est battu en 2012 mais que l'on a réussi seulement ça, alors on aura réussi".

Publié dans Politique

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romain 22/05/2006 16:13

en tout cas moi j'ai bien aimé