Une journée sans immigrés ?

Publié le par Fred

"Sans transition"... C'est bien évidemment sur ce mode journalistique bien connu et en intercalant si possible plusieurs sujets entre les deux que nos journaux télévisés ont traité la principale information franco-française de la semaine - la généreuse loi Sarkozy sur l'immigration choisie - et la principale information internationale du week-end - l'inhumaine politique d'immigration de Bush qui met les latinos dans la rue. Sans transition, réellement ? La coincidence actuelle de vues entre deux pays historiquement cosmopolites, traditionnellement attachées au "droit du sol" et d'une conception a-ethnique de la nation ("vouloir vivre ensemble" en France, "melting pot" aux Etats-Unis) est pourtant troublante : elle répond à une même et nouvelle vision d'un modèle "national-libéral"...

 

Bien sûr, la mondialisation n'a pas crée la pauvreté, pas plus que les guerres civiles ou les dictatures. Mais alors que le discours dominant voudrait qu'elle y apporte des solutions, on est très loin du compte. Si dans un "monde libéral idéal", la libre-circulation des capitaux devrait permettre de financer les investissements nécessaires au développement, elle met en réalité sous tutelle les économies du sud et organise l'évasion des profits des producteurs vers les disributeurs. La libre circulation des biens, on l'a déjà évoqué, prive les marchés du sud de denrées vitales et détruit les économies locales. Cette mondialisation-là entretient les schémas coloniaux et creuse les inégalités Nord-Sud qui produisent les mouvements de population. Et si ces deux premiers pilier du libéralisme sont imposés -on le voit - au seul profit du Nord, la libre-circulation des personnes qui est elle censée établir l'optimisation des compétences sur le marché du travail, est entravée par les politiques de maîtrise de l'immigration.

 

Ce ne sont donc pas les "appels d'air" et les "signes de laxisme" qui créent l'immigration, et il est ilusoire de croire qu'une approche sécuritaire durcissant les conditions de séjour des immigrants légaux et les possibilités d'expulsion des clandestins apporte une quelconque réponse à la maîtrise de ces mouvements de population. Pire, ce discours est largement hypocrite et cultive d'étonnants amalgames... En regroupant sous un même terme "d'immigration subie" le regroupement familial et l'immigration clandestine, Nicolas Sarkozy laisse entendre qu'elles sont également inutiles et brandit le chiffre de 7% d'immigration de travail, signe que ceux qui entrent en France viendrait pour profiter des largesses de notre système social... Passons rapidement sur la faiblesse de ce chiffre s'expliquent simplement par le fait qu'il n'y a plus en France d'immigration légale de travail depuis la fermeture des frontières en 1974 pour nous interesser aux "sans papiers". Par définition, ceux-ci n'ont aucune existence légale et donc aucun accès aux prestations chômage, allocations diverses et couverture médicale. Ils ne peuvent donc vivre que de leur travail, accomplissant des tâches peu qualifiées, sous-payées et ne bénéficiant d'aucune protection légale.

Des secteurs entiers de l'économie américaine (agriculture, bâtiment, restauration, services aux personnes...) doivent leur compétitivité à l'emploi massif de clandestins, qui seraient 12 à 14 millions. En France, la suppression de la régularisation après 10 ans de présence pérénnisera cette économie parallèle exploitant 400 000 personnes au prix de leur insécurité juridique à perpétuité... On peut donc douter de la sincérité de gouvernants qui ont peu d'intérêt à s'attaquer à ce système, et qui d'ailleurs ne manifestent qu'un intérêt très relatif à la lutte contre les employeurs de clandestins. On ne fait en réalité que prendre en otage, à des fins électorales, des milliers d'hommes et de femmes qui n'aspirent majoritairement qu'à vivre dans des conditions élementaires de dignité. C'est la prise de conscience de cette force économique et de la réalité des intentions de l'administration américaine qui a poussé, lundi 1er mai, des millions de latinos à "sortir du bois" pour participer à la première "journée sans immigrés" (el dia sin immigrantes), boycottant travail et consommation pour manifester dans les principales villes du pays. Sans doute cette même prise de conscience serait-elle nécessaire en France pour réhabiliter l'immigration de travail, qui ne peut se résumer à un "visa-CDD" transformant les étrangers en variables d'ajustements jetables, mais doit au contraire s'inscrire dans une nouvelle politique de l'emploi, axée sur la gestion des compétences, pour créer les conditions d'une croissance partagée.

 

Publié dans Société

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TUVATROLOINMOMO 18/05/2006 12:39

petite rectification : un étranger en situation irrégulière peut bénéficier d'une assistance médicale
ensuite, la régularisation fondée sur le nombre d'années continuera d'exister, mais sera de 15 ans, il me semble.

Frédéric Laval 13/05/2006 23:12

D'abord bravo pour ton site. Peux-tu prendre le temps de m'expliquer comment tu arrives à avoir un blog sans pub ?Sur l'immigration : je prépare un RDV entre militants le 16 mai sur le thème de l'immigration. J'ai noté ton article comme support à ma présentation sur plusieurs points qui m'ont intéressé.Si tu as des infos supplémentaires sur le sujet : résumé et critique de la loi Sarkozy II, contre-propositions, état des lieux, etc. n'hésite pas à me les communiquer.Merci par avance.Bon courage à toi.Frédéric LavalConseiller Général PS des Hautes-Pyrénées