Nucléaire : la solution ?

Publié le par Fred

En rappelant le 22 avril que "le PS n'est pas contre le nucléaire", François Hollande a commis un curieux impair de calendrier. Symboliquement, on peut douter que la commémoration du vingtième anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, ainsi que la crise qui est en train de se nouer en Iran en fassent le meilleur moment  pour une telle déclaration d'amour. Politiquement, on voit mal comment mieux fermer la porte aux verts à la veille d'une négociation programmatique pour 2007. Plus encore, c'est la sincérité de la démarche participative du PS, au travers des "Etats généraux du projet" retenus pour faire cette annonce sur le "développement durable", qui prend un sacré plomb dans l'aile... Car la question de nos choix énergétiques, et donc du nucléaire, mérite évidemment un débat à gauche au moment ou celui-ci connaît un regain d'intérêt de par le monde...

Cet engouement repose sur deux phénomènes essentiels à la compréhension de la position du parti socialiste : en premier lieu, la fin de "l'énergie bon marché" et la nécessité sociale de promouvoir une énergie à coûts stables permettant donc d'assurer une indépendance logistique vis à vis des régions les plus troublées du globe . D'autre part, le développement rapide des plus grands pays émergents (Chine, Inde, Brésil) nécessite une forte augmentation de la production énergétique mondiale, qu'il serait irresponsable (écologiquement et économiquement) de fonder sur les énergies fossiles. Cela explique en particulier l'empressement des deux grandes puissances du nucléaire civil (USA et France) à organiser des transferts technologiques avec une Inde non signataire du TNP et donc en violation de celui-ci...

Les arguments en faveur du nucléaire doivent toutefois être tempérés. L'indépendance énergétique revendiquée par la France s'est essentiellement réalisée au détriment du charbon, et non du pétrole : il en résulte la persistance d'une double dépedance, vis à vis du pétrole pour les transports (à 98%) et du nucléaire pour l'électricité (à 78%). La France ne produit d'ailleurs plus d'uranium, et importe l'intégralité de son combustible nucléaire du Canada, d'Afrique de l'ouest et de plus en plus, de Russie. Cet uranium n'est pas davantage renouvelable que les énergies fossiles et s'épuisera lui-aussi avant la fin de ce siècle. Enfin, son coût modeste à court-terme engendre en réalité d'importantes charges de traitement reportées sur les générations futures... Car le principal problème réside évidemment dans le stockage des déchets. Sans même émettre de doute sur la sécurité de nos installations, il convient de rappeler que ceux-ci demeurent hautement radioactifs durant une période minimale de 24 siècles. A titre de comparaison, c'est un peu comme si Périclès nous avait légué la charge de ces déchets avec des technologies de l'antiquité et un manuel rédigé en grec ancien ! C'est donc un pari insensé sur la stabilité politique avenir, signe que notre civilisation se considère comme un aboutissement indépassable ou, plus sûrement, qu'elle ne se soucie pas du sort de ses enfants. Ce pari est d'autant plus risqué que les rédidus du nucléaire civil contenant du plutonium, matière première des activités militaires, ceux-ci peuvent être convoités par des états "voyous" ou des groupes terroristes, signe que l'on ne peut pas traiter ces deux sujets comme étrangers l'un à l'autre.

Pour l'ensemble de ces raisons, il me semble qu'une approche pragmatique ne peut considérer le nucléaire comme "la" solution sur laquelle nous devons investir pour l'avenir, mais comme un énergie de transition dont nous devons dès aujourd'hui préparer le remplacement. Cela nécessite d'investir massivement dans la recherche sur les énergies renouvelables (solaire, éolien, bois, marées, géothermie...) et d'en développer la capacité, notamment par la décentralisation de la production électrique auprès de régies énergétiques territoriales adaptées aux ressources naturelles disponibles. Il ne s'agit pas de substituer cette électricité au nucléaire, mais d'augmenter notre production électrique tout en en maîtrisant la consommation. Cette politique doit nous permettre de remplir un triple objectif : parvenir à une indépendance énergétique renouvelable avant la fin de vie de nos centrales nucléaires (30 à 40 ans), utiliser la surproduction pour subvenir aux besoins énergétiques croissants des pays du sud et les accompagner dans leur propre transition vers cette même indépendance et par ce biais, lutter contre la dissémination des matériaux et technologies nuisibles pour la sécurité de notre avenir.

Publié dans Environnement

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Picvert 24/12/2007 19:39

La première chose à faire est de réduire notre consommation d'énergie et d'électricité en particulier.Une mesure urgente et nécessaire est de promouvoir les constructions à consommation nulle d'énergie, renforcer l'isolation des anciens bâtiments et interdire le chauffage électrique.Pour bien prendre conscience de cette problèmatique, de nombreux dossiers documentés se trouvent ici : http://futura24.site.voila.fr/energie/energie.htmSi l'on veut approfondir la question du nucléaire, rien de mieux que ces articles spécialisés : http://futura24.site.voila.fr/nucle/nucleaire.htm qui, comme dans le cas précédant, sont complétés par une série de liens vers des sites et des documents de premier plan.