Fictions présidentielles

Publié le par Fred

Le deuxième tour de l'élection présidentielle est plié. Ce sera Nicolas Sarkozy contre Ségolène Royal, et puis c'est tout. C'est scientifique on vous dit, c'est les sondages qui ont décidé. A tel point qu'on se demandait quelle mouche avait bien pu piquer Arlette Chabot, organisatrice hier soir d'un "premier grand débat présidentiel" conviant des non-candidats comme Fillon, des candidats-déjà-éliminés comme Duflot, des eternels-candidats-qui-ne gagnent-pas comme Laguiller ou des eternels-candidats-qui-ne-sont-en-fait-jamais-candidats comme Lang... En réalité, il s'agissait de faire parler tout ce beau monde des projets de Sarkozy et du phénomène Royal... On est donc rassurés...


Sauf qu'en réalité, rien n'est encore fait. D'abord, il y a le Parti Socialiste qui a l'outrecuidance de vouloir opposer le vote de quelques 150 000 militants machistes et fonctionnaires à la clairvoyance de 1 000 citoyens responsables et triés selon une méthode implacable de prédictivité (voir le tableau en illustration), et puis Jacques Chirac, dont on ne sait jamais quelle peau de banane il peut encore glisser dans la salle de bain de Nicolas Sarkozy à l'heure du rasage...


Et puis surtout, il y a la politique et cela m'impose de redevenir un peu sérieux... D'abord, de rappeler que nous ne sommes pas à l'abri d'un nouveau "21 avril". A gauche, le traumatisme de l'éviction de Lionel Jospin et le remords de nombre d'entre-nous d'avoir voté pour Jacques Chirac semblent inviter au "vote utile". Celui-ci a largement bénéficié au PS lors des élections intermédiaires, et dessine de bien médiocres perspectives électorales pour les petits partis. le PRG et le MDC, même s'ils agitent les menaces "nucléaires" Tapie et Chevenement pour peser sur les négociations, semblent sur le point de se retirer. Cette tentation chatouille jusqu'au PCF, qui préférerait rassembler dans le "non de gauche" plutôt que de risquer un nouveau score de 3%. C'est là qu'est le vrai danger. Car le référendum européen a creusé à gauche un fossé qui peut coûter cher aux socialistes : à se contenter de corriger les effets du libéralisme, il se coupera de son électorat populaire et se fera déborder par sa gauche ; à adopter une ligne contestataire et populiste, il jettera les classes moyennes dans les bras d'une UDF qui se rêve désormais en "centre-gauche".

 

A droite, le danger viendra une nouvelle fois de Jean-Marie Le Pen. Sarkozy l'a bien compris qui, face aux risques de dispersion de son électorat (avec Bayrou, Villiers, Dupon-Aignan et peut-être un chiraquien) entend cannibaliser l'extrême droite en préemptant son thème de prédilection : l'immigration (notez au passage que je prévoyais déjà cette stratégie il y a un an...). C'est là un jeu d'apprenti-sorcier, où le précédent de 2002 montre qu'à banaliser les idées de l'extrême-droite, on la renforce en lui donnant une respectabilité. Il est difficile de prévoir aujourd'hui qui sera le perdant d'une nouvelle poussée de frontisme, mais je crois Sarkozy prêt à courir ce risque pour éliminer la gauche. Là encore, le piège est redoutable entre les deux mauvaises idées qui seraient d'entrer dans une surenchère contraire à nos valeurs, et de militer pour une régularisation massive qui pourrait, faute de pédagogie donner des signes de faiblesse et d'angélisme.

 

Au risque de Lapalisser, nous n'aurons en définitive de duel gauche-droite que si nous avons un débat gauche-droite. Cela suppose d'être en mesure d'imposer des débats sur les questions pour nous centrales de l'emploi, de l'éducation, de l'innovation et de l'environnement, mais cela suppose également d'y souligner les réels clivages qui nous opposent. La gauche a perdu en 2002 parce que finalement, les gens ne voyaient plus la différence avec la droite. D'ailleurs, Chirac et Jospin avaient le même programme minimum : "sécurité", "élection du président de la commission européenne" et "formation tout au long de la vie"... Pour 2007, tout le monde utilise déjà les mêmes mots de "6e république", "réforme de l'Etat", "flexsécurité" et "codéveloppement"... On sait pourtant bien que ces mots n'ont pas le même sens dans toutes les bouches. C'est ce sens qu'il faudra s'attacher à donner, avec des promesses de court-terme qui devront allier pragmatisme économique et urgence sociale, et un projet de long-terme qui ne doit pas avoir d'autre ambition que de remettre l'économie au service de l'Homme.

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