Développement : pour un commerce équitable

Publié le par Fred

En conditionnant, comme il l'a énoncé à Monterrey en 2002, l'aide au développement à l'ouverture des marchés et à la modernisation des économies du sud, Georges W.Bush commet un dramatique contre-sens qui revient à confondre la fin et les moyens. Car si l'on peut partager, même à gauche, l'objectif de long terme d'un monde où la mobilité des hommes, produits et capitaux permette l'accès de chaque consommateur à des produits correspondant à ses besoins au meilleur coût, et l'accès de chaque producteur à des marchés lui permettant de vivre de son activité, c'est le developpement et la réduction des inégalités Nord-Sud qui permettront d'atteindre ces objectifs... et non l'inverse. L'introduction brutale de l'économie de marché dans des régions traditionnelles d'économie informelle a en réalité des conséquences dévastatrices et contre-productives : atomisés, peu organisés face aux exigences d'une industrie agroalimentaire occidentale extrêmement concentrée, et ne bénéficiant pas de garanties en l'absence d'états de droit, les producteurs du Sud sont soumis à des conditions qui ne leur permettent pas de tirer profit de leur travail, et sont de simples transferts financiers Sud>Nord. Pire : la mondialisation des échanges les coupent de marchés locaux où ils ne sont plus compétitifs, et où l'offre se raréfie faute de pouvoir d'achat. Si le libre-échange bénéficie aux producteurs des pays émergeants où existe un cadre économique (Chine, Inde, Brésil...), aux consommateurs des pays riches et plus encore aux multinationales produisant dans les premiers pour vendre dans les seconds, il n'est pas - loin s'en faut - profitable aux pays les plus pauvres, empêchant tant la structuration de l'offre que le développement de la demande. Il me semble donc urgent de promouvoir de nouvelles pratiques commerciales avec ces pays, fondées sur les principes du commerce équitable, et dont l'objectif doit être le démarrage d'un cercle économique vertueux où la création de richesse permette d'alimenter la demande locale et de financer de nouveaux investissements productifs.

Cette nouvelle politique de développement repose sur quelques principes aussi simples qu'essentiels... mais en contradiction avec notre approche actuelle. Le premier de ces principes, c'est l'affirmation du fait que l'accès à l'eau et à l'alimentation sont des biens publics constitutifs de la condition humaine, sans lesquels toute idée de développement est vaine. Cette considération doit nous amener à établir un droit à l'autosuffisance alimentaire, et donc autoriser des états à réguler par quotas l'exportation de ces produits tant que cette autosuffisance n'est pas réalisée. Le corollaire de ce principe, c'est le droit de ces mêmes états à protéger leur outil de production, au besoin par le rétablissement de barrières douanières, afin de limiter la compétitivité des agricultures du Nord sur ces marchés, qui détruit les exploitations locales.


Le deuxième principe, c'est une relation contractuelle liant garantie de prix et obligation de certification. Du fait de la faible productivité des économies des PMA, il est évident que la formation du prix sur les niveaux mondiaux d'offre et de demande ne permet pas aux producteurs de réaliser de profit. C'est pourtant là la condition sine-qua-non au démarrage d'une économie qui doit redistribuer ces profits entre consommation et investissement, ce qui rend nécessaire le paiement d'un prix supérieur au coût de revient. En contrepartie de ces prix majorés, le consommateur du Nord (qui finance le système) a le droit à une garantie sur le mode de production et la destination de son argent. C'est là le rôle de la certification établie par la FLO, dont Max Havelaar est le porte-drapeau, et qui doit être reconnue par l'Union Européenne. Au delà, il faut donner à cette relation contractuelle le cadre légal dont elle est dépourvue : si le "commerce équitable" est toléré du fait de son faible impact actuel (0,1% du marché européen), il est en réalité contraire au droit de la concurrence, qui doit le définir pour en permettre le développement.


Le dernier principe réside dans la nécessité d'organisation régionale du Sud sur ces questions. l'enjeu de la gestion des ressources en eau est par nature transfrontalière. Ceux de la désertification, de la dissémination de polluants ou de l'accès à des cultures diversifiées aussi. Il est donc nécessaire de peser sur les pays du Sud pour les amener à s'organiser au niveau régional afin de mener des politiques alimentaires efficaces.Là encore, l'Union Européenne peut être un outil pertinent, qui peut conditionner la négociation des conditions particulières décrites plus haut (acceptation des quotas d'export, des barrières à l'entrée et de la garantie de prix sur les productions certifiées) à la l'existence d'un interlocuteur régional qui serait son alter-ego.

Ce cadre intergouvernemental serait toutefois vain s'il supposait que les marchés du nord sont le seul outil de développement pour les PMA. Il nous faut également repenser nos politiques d'aide, qui doivent passer d'une logique d'urgence à une logique de développement durable pour accompagner l'émergence d'un secteur privé défaillant. Dictée malheureusement par la nécessité, ces politiques d'urgence peuvent en effet s'avérer destructrices pour l'économie locale, et la maintenir indéfiniment dans une position de dépendance et d'assistanat. L'exemple le plus marquant étant les tonnes de riz déversées gratuitement sur les marché d'Ethiopie et de Somalie... et qui ont détruit les rizicultures de ces pays en les privant de marchés ! Aux côtés de l'APD qui doit en priorité assister les Etats dans la réalisation des infrastructures, de l'éducation et de la santé, il nous faut donc trouver des canaux contournant les Etats et les risques de mauvaise gouvernance. Cela passe par la généralisation de la coopération décentralisée (qui ne concerne aujourd'hui que 3 200 des 36 000 communes françaises), par la création de fonds de cofinancement visant à accompagner et à orienter l'épargne privée (au travers notamment des associations de migrants) et par des dispositifs d'incitation aux transferts de compétences entre PME du Nord et du Sud. Cela passe surtout par une nouvelle culture, qui s'attache à évaluer les politiques d'aide au travers de leurs résultats et de leur durabilité (combien de pompes à eau en panne faute de formation des utilisateurs ?) et non plus uniquement de l'argent investi. 

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