CPE : le retirer ou pas ?

Publié le par Fred

Sur le Blog de l'IES (Initiative Européenne et Sociale), Marc d'Héré propose une sortie de crise en trois points :
- entrée en vigueur du CPE,
- ouverture de négociations sur l'emploi des jeunes,
- évaluation à 6 mois du CPE.

Voici la position que j'ai exprimé à ce propos :

Comme vous vous y attendez certainement, je pense que la meilleure solution est le retrait du CPE.

Pour répondre à votre objection sur le respect d'un texte démocratiquement voté par les deux assemblées, il n'y a rien d'illégitime ni d'irrégulier à ce que le Président de la République refuse de promulguer la loi et demande une nouvelle délibération, comme l'y autorise la constitution (article 10). Mais ce n'est pas là l'essentiel.


D'abord, sur la forme, il me semble plus logique de négocier avant de décider, et non l'inverse. Car si l'on est prêt à ouvrir des discussions pour trouver des solutions au chômage des jeunes, il n'y a aucune raison de poser le CPE comme préalable. Comme l'a dit F.Chérèque hier soir, cela revient à construire les plans de la maison et demande ensuite à l'architecte de choisir la couleur des volets...

Ensuite sur le fond, ce ne sont pas les garanties offertes en contrepartie de la flexibilité qui font débat, mais l'absence de motivation du licenciement, qui constitue le coeur du projet. D'abord, elle crée un profond déséquilibre dans la relation employeur-employé : comment faire valoir ses droits (repos hebdomadaire, heures supplémentaires, maladie...) si l'on est sous la menace de ce licenciement sans motif valable ? Elle est ensuite mensongère pour l'employeur : la jurisprudence qui prend forme sur le CNE nous montre que l'employeur ne peut l'utiliser pour contourner ces droits... Dès lors, elle ne constitue qu'un renversement de la charge de la preuve : c'est au salarié de démontrer le motif de licenciement. je pose donc la question : quel est l'intérêt ? je ne suis visiblement pas le seul à me le demander, puisque Valérie Pécresse, porte-parole de l'UMP, soutient le CPE tout en demandant de supprimer cette clause de non motivation... Avec de tels alliés, on se demande si Villepin a besoin d'ennemis.

Enfin, je crois qu'il faut aussi savoir entendre les chefs d'entreprise. leur vrai problême n'est pas de ne pas avoir à se justifier (ils sont des adultes responsables qui assument leurs choix), ni même d'allonger la période d'essai (6 mois sont suffisants pour estimer les compétences d'un salarié, même sans expérience). Leur problême, c'est d'être en mesure de s'adapter rapidement à l'évolution de leur marché, ce pourquoi ils hésitent à investir dans des emplois qui seraient "trop protégés" en cas de difficultés économiques. Or, le CPE renforce cette inégalité en faisant peser cette incertitude sur ceux qui sont déjà les moins armés sur le marché du travail.

Lier la question de la flexibilité à celle du chômage des jeunes, comme le fait le CPE, est donc une vraie erreur économique et politique. Il faut d'un côté se poser la question de la formation des jeunes et du fonctionnement de notre système éducatif, et accroître d'autre part la flexibilité en passant d'une logique de protection des emplois à celle de protection des individus. Sur ces deux questions, la gauche "moderne" (pour parler IES) et les syndicats progressistes ont des proposition à formuler. Encore faut-il savoir "entendre ceux qui proposent".

Publié dans Politique

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alice.fo 18/03/2006 16:48

Je rajouterais, que ne pas motiver à un salarié son licenciement ne lui donne pas les clés pour retrouver un emploi. Un futur employeur peut-il s'intéresser à une personne dont il ne connait pas les motifs de rupture de contrat ? La personne licenciée peut-elle faire un bilan de cette période de travail, de ses compétences et parfois une juste remise en cause professionnelle ? Ceci place le salrié dans une situation très délicate pour se réinsérer dans le monde du travail.