perdant-perdant

Publié le par Fred

Au cours des dernières 24 heures, le parlement a entériné définitivement la fin des 35 heures, la libéralisation de la grande distribution et le service minimum à l'école. Et le seul sujet sur lequel nous soyons audible - ou pour mieux dire le seul dont l'on parle - est le cas Jack Lang.
 
Il n'est même plus question dans ce débat de la réforme constitutionnelle. Personne ne sait trop pourquoi nous avons voté non, seul compte le cas Lang, que chacun monte en mayonnaise sur le mode "moi je suis plus antisarkozyste que mon voisin" à l'approche du congrès...
 
Il y a dans ce texte de très bonnes raisons de voter "non". Le renforcement du poids du Sénat à Versailles  (17 sénateurs supplémentaires pour 0 député), sans remise en question de la représentativité réelle de celui-ci est une aberration démocratique qui lierait les mains de la gauche si elle revenait au pouvoir. La limitation du droit d'amendement des parlementaires, prévue par une loi organique à venir dont le gouvernement a refusé de poser les principes, est tout aussi inacceptable. Nous avions par ailleurs raison de ne pas apporter nos suffrages à une majorité qui - sachant qu'elle avait besoin de la gauche pour faire passer la réforme - a refusé de prendre en compte les conditions que nous posions, détricotant même largement le projet du gouvernement afin de protéger ses intérêts électoraux. On pouvait également dénoncer une pratique politique qui va à l'encontre des principes sensément posés par ce texte, dont  les derniers ajustements (pour obtenir les voix PRG qui font passer le texte) sont négociés à l'Elysée contre l'avis d'un parlement qu'on prétend "renforcer". Nous pouvions enfin refuser sur le principe un texte qui renforce la schizophrénie d'une 5e république que nous avons combattue il y a 50 ans, au lieu de trancher enfin un choix constitutionnel clair. Si la droite souhaitait présidentialiser le régime en faisant du chef de l'Etat le pilote dans l'avion et le chef de la majorité, elle devait alors séparer les pouvoirs en supprimant la dissolution et la censure et (mais là ce n'est que mon avis, je peux approfondir pour ceux que ca interesse) en constitutionnalisant l'élection de l'Assemblée au scrutin proportionnel.
 
Nous avions de bonnes raisons de voter non, mais nous avons comme toujours préféré la caricature en nous opposant à "la monocratie", en prétendant que nous constitutionnalisons l'hyperprésidence et en disant que le texte bafoue la démocratie. Ces allégations sont stupides, et les attaques prêtant à Lang ces intentions sont indignes. Le chef de l'Etat voit ses pouvoirs encadrés, par le veto sur ses nominations (bien insuffisant, mais quand même un progrès), par le contrôle de l'utilisation de l'article 16 dont la rédaction actuelle fait de tout président un dictateur irresponsable en puissance s'il en a le désir, par la séparation des pouvoirs executifs et judiciaires (le président n'est plus au CSM), par la limitation de son rôle de "chef des armées" qui devra dorénavant obtenir un vote parlementaire pour engager durablement nos forces armées, par le partage de l'initiative referendaire, qui est une prérogative aujourd'hui exclusive... On le voit, il y a  aussi là-dedans de bonnes raisons de voter "oui", tout comme le sont le partage de l'ordre du jour parlementaire, la réservation d'une séance mensuelle à l'initiative de l'opposition, la limitation du 49.3, ou la saisine du conseil constitutionnel par les justiciables, projet auquel Mitterrand avait renoncé faute de majorité au congrès...
 
Nous devions a tout-prix eviter une nouvelle abstention et trancher un choix entre oui et non, les deux étant défendables sur le fond, et nous devions nous tenir à une discipline de groupe et éviter les divisions. A titre personnel, j'ai défendu le "oui", avant de me ranger sans état d'âme derrière un "non" dont l'objectif était de faire pression sur la majorité pour arracher des concessions supplémentaires, ce qui était la ligne unanime du groupe en première lecture. En seconde lecture (mais la scandaleuse marche arrière de la majorité sénatoriale nous y a bien poussés), notre ligne a dévié. Nous avons senti qu'il était possible de faire chuter Sarkozy, et Hollande voulait ce titre de gloire pour clore son bilan à la tête du parti. Cet objectif est devenu prioritaire, quel que soit le texte ou les concessions que nous pouvions obtenir. "Trop tard" répondait Hollande à une majorité qui a beaucoup tenté dans le final pour éviter de perdre la face.
 
En définitive, alors que nous étions en position de force, nous avons échoué à bloquer la réforme et nous avons échoué à infléchir le texte. Nous avons forcé de nombreux socialistes à voter contre leur conviction profonde, et par ricochet de nombreux UMP à le faire en sens inverse. Nous avons avalé cette couleuvre pour rien, et la voix de Lang n'y a rien changé : cette stratégie etait "perdante-perdante" sans lui. Alors oui, nous devons nous interroger sur notre statégie. Nous devons nous interroger sur le fait que nous privilégions toujours le consensus sur des postures plutôt que le débat contradictoire au fond. Nous devons nous interroger sur l'opposition frontale qui nous rend si carictaturaux et prévisibles que plus personne n'entend le PS que lorsqu'il se déchire lui-même. Nous devons nous interroger sur cette manie de trouver des boucs-émissaires qui, quelles que soient leurs responsabilités, sont bien utiles à éluder nos propres inconséquences.

Publié dans Politique

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Frédéric Vermeulin 09/09/2008 11:11

Oups, tu as de la pub, maintenant, sur ton blog ?

jp pornaud 04/08/2008 16:11

Lorsque l'on joue l'épreuve de force, il faut en avoir les moyen. Encore un erreur de notre stratège Hollande qui nous ridiculise.

romain blachier 01/08/2008 16:31

la loi sur la modernisation de 'éco ne se limite pas à la grande distrib...la micro-entreprise est intéressante par exemple.mais tu as raison cette libéralisation va trés loin