Abolition des jours fériés

Publié le par Fred

Ingrid Betancourt, cambriolage et jeux olympiques obligent, le texte réformant le temps de travail voté mardi par l'Assemblée nationale est passé relativement inapperçu. La faute – aussi - à un parti socialiste qui s'est montré une fois de plus inaudible, empêtré au plus mauvais moment dans une bataille de pré-congrès qui semble imposer de s'attaquer frontalement à Nicolas Sarkozy plutôt qu'à la politique de son gouvernement. Indépendamment de la considération que l'on peut porter à Ségolène Royal, Martine Aubry ou Bertrand Delanoë, le fait qu'aucun des trois leaders potentiels de la gauche - les rares dont la parole est  relayée dans les médias - ne puisse s'exprimer dans les joutes parlementaires, me semble une véritable faiblesse que l'exemple vient de démontrer.

Le relèvement de 218 à 235 jours de travail par an pour les salariés « au forfait » méritait pourtant que l'opposition y consacre toute son attention et son énergie... Petits exercices de maths : 365-235 = 130 jours de repos annuels... enlevez-y 52 samedis, 52 dimanches, 5 semaines de congés payés et le 1er mai...et le compte y est. La nouvelle loi ne se contente donc pas de supprimer les jours de RTT pour revenir à la situation d'avant 2002 mais au-delà, abolit purement et simplement les jours fériés. Ensuite, par définition même, les salariés « au forfait » sont ceux dont le temps de travail n'est pas comptabilisé quotidiennement, la seule limite étant de respecter un repos minimal de 11 heures. Ainsi, la durée maximale du travail passe à 235x13 soit 3055 heures par an. Avec ce nouveau plafond, ce n'est pas la page Aubry qui est tournée, ni même celle de « mai 68 », mais bel et bien celle de l'icône de la campagne électorale de Sarkozy : Léon Blum, puisque l'on revient à la durée maximale du travail en vigueur en 1935. Dernier exercice : divisez ce plafond de 3055 heures par 47 semaines travaillées, et vous comprenez pourquoi le gouvernement français a soutenu le projet de directive européenne permettant l'opt-out pour un plafond de 65 heures hebdomadaires (contre 48 en vigueur aujourd'hui), tout en jurant ses grands dieux que cela ne serait pas appliqué en France...

Oui mais travaillez plus, et vous gagnerez plus nous explique le gouvernement dont la publicité affirme « l'impatience » de voir le pouvoir d'achat progresser... Sauf que la loi prévoit une majoration de 10% des jours travaillés au delà du plafond précédent, alors que  les heures supplémentaires sont elles majorées de 25%. Concrètement, un salarié au forfait pourra  donc être   payé 218 jours sur la base de 35 heures hebdomadaires, et 17 jours à 38,5 heures, soit une moyenne de 35,26 heures payées pour une semaine de 65 heures.

Alors que va-t-il se passer ? Pour un grand nombre de salariés, en particulier dans les grandes entreprises, rien. Toute dérogation aux 35 heures demeure soumise à un accord majoritaire que peu de DRH prendront le risque très aléatoire d'aller chercher, et ce d'autant plus que malgré les 6 précédentes lois sensées mettre fin au « carcan des 35 heures », seul le quart du contingent d'heures supplémentaires autorisées est aujourd'hui utilisé. Dans les PME, et contrairement à l'idée véhiculée dans les médias par l'appelation abusive « forfait-cadre », le risque est peu important de voir les cadres perdre leurs RTT : dans un contexte où le nombre de départs en retraite n'est plus compensé par les arrivées sur le marché du travail, les plus qualifiés regagnent des marges de négociation et seront difficiles à attirer sans ces RTT auxquels ils demeurent très attachés. Non, le vrai lièvre, c'est que contrairement aux engagements pris par l'UMP auprès des syndicats, les députés ont renoncé à définir les salariés « autonomes » pouvant être payés au forfait. En l'absence de représentation syndicale, il sera donc possible dans un accord de gré à gré de passer au forfait un salarié dont les heures sont aujourd'hui comptabilisées. Concrètement, cela reviendra à ne plus lui payer ses heures supplémentaires – jusqu'à 5 par jour – sans lui accorder en retour de RTT, ni donc les jours fériés...

Ou comment l'UMP détricote en réalité la seule vraie promesse qu'il ait tenu sur le pouvoir d'achat. On risque d'être encore longtemps « impatients ».

 

Publié dans Economie - Social

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Frédéric Vermeulin 11/07/2008 14:45

Tout ça est très juste (tout ce qui concerne le fond). J'avais pensé aussi écrire un billet, mais je ne l'ai pas fait. Mea culpa.Sur le PS inaudible, ce que nous voulons, pour ce congrès, c'est justement que le parti apprenne à parler d'une seule voix... ça figure en bonne place dans la contribution Clarté Courage Créativité ! Enfin, moi, je dis ça...

buttner 10/07/2008 17:38

Détricotage : coup de sabre plutôt ! Pour moi la coupe est pleine. Abasourdie jusqu'à présent par toutes ces réformes et ne me sentant pas encore directement concernée, ça y'est ! cet automne je descends dans la rue, pourvu que les syndicats s'organisent ! Le système GB très peu pour moi, ce n'est bon que pour les gens en forme, célibatares qui ont un bon job ensuite les choses se compliqent !