Immigration : parlons-en !

Publié le par Fred

C'est en septembre dernier qu'a été votée – à l'unanimité – la possibilité de régularisation des travailleurs dans les secteurs en tension de main d'oeuvre. Seul dans mon bureau de l'Assemblée nationale, j'éructais contre l'aveuglement d'une gauche soucieuse de ne pas s'opposer à la seule mesure « favorable » aux étrangers de la loi Hortefeux, mais dont je sentais qu'elle conduirait à la situation actuelle. Non, nous n'avions crée aucun droit nouveau. Simplement participé au buzz médiatique autour de l'inscription dans la loi d'un critère d'évaluation déjà utilisé par les préfectures, et qui demeurait du ressort de leur libre appréciation. Avant même le vote définitif de la loi, je recevais chaque semaine des sans-papiers munis de contrats ou de promesses d'embauche dans le BTP, persuadés de tenir un sésame vers un titre de séjour. Je n'ose imaginer le nombre de ceux qui sont ainsi sortis du bois pour se jeter dans la gueule du loup sans prendre conseil auprès d'avocats ou d'associations spécialisées.

C'était oublier qu'aux yeux de ce gouvernement, il n'y a pas de secteur qui réponde à ce critère. Reprenant la dialectique simpliste du Front National, le Président de la République lui-même, dans son intervention télévisée, a récusé l'idée de manque de main d'oeuvre au motif du chômage de masse, et s'apprête à transformer des êtres humains en pions interchangeables pour peu qu'ils habitent à moins de 2 heures de leur lieu de travail et qu'ils consentent une perte de 30% de leur dernier salaire, seuls critères retenus pour définir une « offre d'emploi valable » qu'il sera interdit de refuser...

On voit mal dans ce contexte comment utiliser cette possibilité de régularisation. Ou plutôt si : c'était le signal clair aux entrepreneurs peu scrupuleux de continuer à recruter sur ce marché parallèle, qui fait vivre passeurs, marchands de sommeils et trafiquants de papiers, sous prétexte de manque de compétences lorsqu'il s'agit avant tout de bénéficier d'une main d'oeuvre bon marché. C'était ouvrir pour eux une procédure d'exception pour régler les quelques rares cas où les employeurs sont inquiétés pour des faits de travail clandestin. C'était envoyer le signe à tous ceux qui sont entrés légalement, qui ont travaillé légalement, et que l'on veut aujourd'hui expulser pour divers motifs, que l'immigration choisie était celle du sous-prolétariat exploité. Non, nous n'avions pas à cautionner cette politique.

Comme souvent (toujours ?) sur la question migratoire, la gauche a failli. J'ai cru devoir me pincer en entendant Jean-Louis Bianco, directeur de la campagne présidentielle, dire que le « cas par cas » était le règne de l'arbitraire lorsque notre candidate proposait au mot près la même chose l'année dernière. Oh, je n'accable pas Ségolène Royal, qui a sur cette question hérité de notre complexe d'infériorité face à un débat dominé par les idées de la droite dure. Mais cogner sur cette politique cynique et donner dans le bon sentiment ne résous rien. La gauche ne peut plus se contenter de louer l'imigration « source de richesse » et de se féliciter de la recommandation d'Attali de relancer celle-ci lorsqu'elle crie par ailleurs  au « pillage des cerveaux » quand une possibilité est ouverte. Et je ne parle même pas de l'extrême-gauche qui voudrait régulariser tout le monde, mais refuse la liberté de circulation des travailleurs, bras armé d'un dumping libéral. Non, nous devons nous inscrire pleinement dans ce débat, critiquer la politique des quotas pour proposer une autre méthode compatible avec nos valeurs universalistes ; inscrire cette politique dans uns stratégie globale de développement des compétences, et de codéveloppement ; dire ce que l'on attend de l'immigration et ce que les migrants peuvent attendre de la France, et travailler à sécuriser leur intégration.

J'ai déjà fait quelques propositions, avant d'y être directement confronté. C'est bien malgré moi que je  passe une grande part de mon temps à appuyer les victimes d'une politique migratoire profondément injuste et perverse. Bien malgré moi que je dois assumer le regard de ceux qui me disent la chance de ma fille d'avoir son père à ses côtés. Je ne peux plus – les socialistes ne peuvent plus – fermer les yeux sur ces situations qui ajoutent  l'injustice à la misère. C'est la raison pour laquelle je souhaite utiliser le prochain congrès pour faire avancer ce débat à gauche, au travers d'une contribution sur laquelle je travaille, que je soumettrai ici, et dont j'espère qu'elle sera améliorée et signée par de nombreux socialistes.

Publié dans Société

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Martin P. 23/05/2008 16:52

dingue, j'avais jamais pensé à taper "social democratie" dans google jusqu'a maintenant.ben comme je disais,
Le courant soc-dem a du jus

Vermeulin 06/05/2008 09:45

Tout à fait d'accord (avec l'essentiel). Je m'étais fait la même réflexion, et on voit bien où on en est aujourd'hui !

Alice 01/05/2008 17:35

Un débat de fond intéressant, c'est bien que tu penses en faire une contribution pour le congrès.Il nous manque aujourd'hui des éléments sur les conditions de régularisation des sans-papiers grévistes. Est-ce que, au final, ne seront régularisés que les cas sur-médiatisés (comme ceux de ce resto de Neuilly) ? Est-ce que tous les sans-papiers travaillant dans la restauration seront régularisés ? Existe t-il une liste de professions "régularisables"  ?Qu'adviendra t-il de ceux qui se présentent en préfecture en toute bonne foi ? Et si on ne leur accorde pas de papiers, les employeurs seront-ils poursuivis ?