Oui au "compromis Bolkestein"

Publié le par Fred

Prolétaires de tous les pays, désunissez-vous ! Tel pourrait-être le nouveau leitmotiv de la gauche radicale. De camarades hier, les ouvriers, techniciens et employés de l'ancien "bloc de l'est" sont devenus les menaces d'aujourd'hui, coupables de mettre en danger le "modèle social européen" en oeuvre dans les pays fondateurs. Au delà du rejet du libéralisme, des politiques nationales et communautaires ou de la perception non-démocratique et distante des institutions européennes, la dynamique du "non" comme le rejet de la directive "Bolkestein" même remaniée exploitent et révèlent cette tentation de repli et d'égoïsme à l'égard des plus pauvres. Ceux-ci nourrissent à cet égard une profonde amertume et un fort sentiment d'injustice : alors que la libre circulation des capitaux met leurs économies sous contrôle des grands groupes de l'Ouest, on leur refuse le droit de mettre à profit leurs salaires compétitifs pour accéder au développement.


Il n'en a pas toujours été ainsi : l'idée européenne s'appuie sur une ambition de croissance partagée ou le développement des uns entraîne celui des autres. De mauvais élèves du développement, des pays comme l'Espagne ou l'Irlande ont ainsi rejoint les "premiers de la classe" en bénéficiant des fonds structurels pour moderniser leur économie et des investissements des entreprises françaises, allemandes, néerlandaises ou britanniques. Face à ces progrès spectaculaires, les économies de la "vieille Europe" ont effectivement stagné, ce qui peut alimenter l'idée d'une fuite des richesses vers les nouveaux entrants. Mais le développement de ces derniers a au contraire donné lieu à un rattrapage salarial qui a bénéficié aux salariés, et créé de nouveaux marchés pour nos entreprises qui s'y trouvent légitimement en position de force. L'Union européenne a donc probablement échoué à être le "phare de croissance" que l'on nous promettait, mais elle a certainement été le rempart à une régression que nous n'aurons pas su éviter sans elle.


La directive "Bolkestein" vise à lever les barrières à la mobilité du travail.  Dans une logique purement libérale, le texte initial prévoyait d'instaurer pour celà le Principe du Pays d'Origine, ce qui était évidemment inacceptable : juridiquement, cela constituait un précédent inquiétant qui édictait un droit à ne pas respecter les lois. C'était donc, pour aller au bout de la logique, le droit pour un français de rouler à droite à Londres, et pour un anglais de rouler à gauche à Paris. Politiquement, cela revenait à abandonner toute ambition collective en faisant dicter le droit du travail par la Hongrie ou la Pologne (où se seraient implantées les entreprises ayant les moyens de fuir les protections sociales de l'ouest), un peu comme si l'on disait que la politique fiscale devait être décidée par le seul Luxembourg. par le compromis proposé, qui se concentre donc sur l'essentiel : créer une non-discrimination entre travailleurs européens, en établissant que si le Danemark, le Lettonie ou la Slovénie vous reconnaît le droit d'exercer la profession d'électricien ou de journaliste, aucun état membre ne peut vous refuser le droit de proposer vos services d'électricien ou de journaliste sur son sol. C'est donc en définitive un nouveau droit. Et s'il profite essentiellement aux citoyens des nouveaux pays membres, Ce principe est aujourd'hui abandonnéil doit être défendu au nom de sa philosophie fédérale, qui fonde toujours à mes yeux l'ambition de la social-démocratie pour l'Europe.

 

Comment dès lors expliquer les hésitations du PS sur un texte négocié par la sociale-démocrate allemande Evelyne Gebhardt, et qui a reçu le soutien de nos collègues européens du PSE et de la Confédération Européenne des Syndicats ? C'est qu'à un an d'une présidentielle, il rechigne à voter avec l'UMP pour un texte rejeté par les communistes et les verts... Une nouvelle fois, faute de faire oeuvre de pédagogie sur leurs choix européens, les partis français les instrumentalisent à des fins de politique intérieure. Le parti socialiste a beau jeu de demander le retrait du texte présenté par la Commission qui est -effectivement - celui que nous contestons tous. Mais il ne peut pas dénoncer à Paris l'usage du 49.3 et renoncer à Strasbourg à remplir le pouvoir parlementaire qui est le sien : voter les amendements qui videront la directive de sa substance libérale. Car derrière la politique franco-française, il y a un texte majeur de la législature européenne. Et à prendre le risque de ne pas réunir de majorité pour le réformer, il s'en formera une entre ultra-libéraux de l'ouest et socialistes de l'est pour imposer le PPO. Et faire une nouvelle fois de l'Europe le bouc émissaire de nos échecs.

 

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borneo 20/02/2006 10:40

C'est absolument effarant . Le Ps a renoncé à peser en Europe pour coller à la "vrai gauche" et  voter en définitive comme De VilliersVoir Moscovici se dédire comme il l'a fait en dit long sur ces jeunes gens ambitieux pour qui la politique est en définitive une carriére.