Cafouillage sur les OGM

Publié le par Fred

S'il est un sujet où l'on ne pourra pas reprocher aux socialistes de ne pas avoir rempli leur rôle d'opposition constructive, c'est bien le projet de loi sur les OGM que l'Assemblée Nationale vient de voter en première lecture. Ce n'était pourtant pas une évidence : le débat est complexe et ne peut être caricaturé – comme trop souvent – sous la forme d'une opposition frontale entre savants fous irresponsables et mercantiles et extrémistes baba-cool refusant toute idée de progrès. Non, ses lignes de partage traversent la gauche comme la droite et on l'a vu, le gouvernement, et appellent des réponses différentes selon qu'on l'envisage sous l'angle environnemental, sanitaire, agricole, scientifique, commercial, économique... La responsabilité du politique est alors de créer un cadre cohérent, lisible et juste dans lequel devront s'insérer l'ensemble des acteurs malgré la diversité parfois contradictoire de leurs intérêts.

Je peux témoigner du débat de grande qualité, passionné mais toujours argumenté qu'ont eu les députés socialistes après la présentation des travaux menés en leur nom par Germinal Peiro et François Brottes, afin de fixer notre ligne de conduite sur ce texte. Un débat où jamais – c'est à souligner – n'a été évoqué l'argument d'opportunité électorale. En quelques mots, le consensus s'est finalement noué autour d'une conception dynamique du principe à valeur constitutionnelle de précaution, qui ne saurait constituer un frein à la science mais bien au contraire, un développement de celle-ci dans l'objectif de lever les incertitudes qui divisent aujourd'hui les spécialistes. Une position qui permettait tout à la fois de préconiser un investissement massif dans la recherche en biotechnologies ; de l'encadrer par un cahier des charges qui définisse très strictement la nécessité d'essais scientifiques en plein champs ; d'interdire toute exploitation commerciale sans autorisation délivrée par une autorité scientifique indépendante chargée de faire respecter le principe de précaution ; et d'organiser l'information transparente des producteurs et consommateurs.

C'est ce travail qui a permis d'assurer l'unité du groupe, souvent rejoint par les communistes, les verts et le nouveau centre, pour améliorer significativement l'équilibre du texte. Et c'est ce travail que n'a pas mené l'UMP, comme l'a très justement dit Nathalie Kosciusko-Morizet qui n'aurait pas du s'en excuser. Soyons honnête, l'échec de Jean-François Copé ne se limite pas aux rares députés UMP qui ont mêlé leurs voix à la gauche, mais bien plus au grand nombre d'élus qui ont préféré rester chez eux, faute de prise en compte de leurs doutes scientifiques et de l'intérêt de leurs circonscriptions rurales, souvent en zones AOC. Il est scandaleux que monsieur Copé remette en cause le vote de l'Assemblée et reproche au gouvernement de ne pas avoir soutenu le seul groupe UMP, lorsque celui-ci défendait une position caricaturale qui n'était pas même partagée par ses propres troupes. Belle illustration caporaliste de la « coproduction législative »...

Ce comportement place le gouvernement dans une position intenable. Comment, comme s'y est engagé François Fillon, retirer du texte l'obligation de « respect de la santé et de l'environnement », sans que cela constitue un aveu d'incertitude ? Comment retirer – comme l'avaient fait les sénateurs – la liberté de parole aux personnalités scientifiques qui doivent évidemment faire avancer le débat dans l'opinion publique ? Comment ne pas signer la mort du « Grenelle de l'environnement », qui établissait un « droit de consommer sans OGM », sans obliger les industriels à en signaler la présence dans leurs produits ? Un dangereux numéro d'équilibriste à l'ordre du jour des prochaines semaines.

Publié dans Environnement

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romain blachier 31/05/2008 16:25

euh kes verres et trucs informels c'est une constante de la politique...rien de grave