Lorsque l'olympisme s'éveillera

Publié le par Fred

"Nous pensons qu'en ouvrant la Chine au regard du monde à travers les 25 000 représentants des médias qui assisteront à la manifestation olympique, le pays changera." Tels sont les mots prononcés par Jacques Rogge, président du CIO, dimanche dernier. Des mots qui ressemblent furieusement à ceux que tenaient en 2001 son prédécesseur et que j'avoue bien humblement avoir alors voulu croire. Mais qu'est-ce qui a changé en Chine depuis 7 ans que le pays a obtenu les Jeux Olympiques ? Rien, ou plutôt tout. On y a construit des stades, des piscines, des routes, des hôtels... on a expulsé les pauvres de la ville de Pékin ; on a arrêté et enfermé les journalistes et tout opposant potentiel ; on a cadenassé l'accès à l'information avec la complicité des grands groupes multimedia occidentaux ; on a étouffé dans leur sang les peuples allogènes dont les Tibétains sont les représentants les plus nombreux, mais malheureusement loin d'être les seuls... Bref, on aura consciencieusement préparé  l'objectif de jeux olympiques "réussis", qui a aussi sûrement renforcé le régime de Pekin que son emprise financière sur une économie mondiale surendettée aura réduit l'occident au silence.

Sept ans que le CIO, ses partenaires commerciaux et les gouvernements du monde ferment les yeux sur le monstre engendré par le mariage pour le pire de l'hypercommunisme et de l'hypercapitalisme qu'est devenue la Chine. La question ne devrait même plus être de savoir si Monsieur Sarkozy participera à la petite sauterie à la gloire du Parti Communiste Chinois - gros buzz assuré dans la presse hexagonale et vrai non-évènement à l'échelle planétaire - mais bel et bien de savoir si ces jeux doivent être annulés. J'entends bien l'argument que ce serait prendre en otage les athlètes, leur quatre ans d'effort et d'espérances, leurs avenirs sportifs et financiers... Ils ne sont bien évidemment pas coupables dans cette affaire. Mais ne deviendraient-ils pas complices en étant les otages - consentants cette fois - d'un régime qui nie les libertés d'un cinquième de l'humanité ? Peut-être devrait-on ramener les jeux à leur signification première et accepter qu'il est des moments, des lieux et des personnes avec qui l'on a pas envie de jouer.

Bien sûr, je sais qu'ils sont plus que cela. Que le mouvement olympique, accélérant la codification du sport, a transformé ces pratiques guerrières, rituelles ou culturelle en un langage corporel universel. Qu'il est le rendez-vous de rencontre et d'échanges pacifiques entre les continents, les couleurs, les religions. Qu'il a largement a remplacé les armes comme motif de fierté des nations et de dignité des peuples. Qu'il est devenu le terrain d'affrontement symbolique des Etats et des marques qui se disputent ses valeurs de courage, de dépassement, de beauté et de fraternité. Mais si l'olympisme a changé - un peu - la face du monde, le mouvement olympique peine a évoluer lui-même. Le CIO est resté largement ce club d'aristocrates éclairés, dont le président d'honneur fut ministre de Franco et où les familles princières de Monaco, du Luxembourg, du Liechtenstein, des Emirats ou d'Arabie Saoudite président toujours au destin des jeux ; soucieux des droits de l'Homme mais qui a offert son bien à Hitler et à Brejnev ; parlant d'universalisme en organisant la moitié des olympiades en terre anglophone ; portant l'étendard du fair-play lorsque ses propres décisions demeurent opaques et alimentent les soupçons... Le CIO ; qui évoque l'exclusion des athlètes qui manifesteraient symboliquement contre la Chine au nom de la neutralité politique, renvoyant les droits de l'Homme au rang de simple opinion, peut-il encore incarner les valeurs qu'il prétend défendre ?

L'élection de Jacques Rogge, homme d'une qualité morale incontestée, a soulevé le grand espoir d'une rupture avec les pratiques passées. L'espoir que le mouvement gère les jeux non comme une entreprise privée mais comme un leg de l'Humanité toute entière. L'espoir que l'immense pouvoir que confère leur attribution soit mis au service des valeurs olympiques, de l'équité sportive, commerciale et politique. Mais l'ombre tutélaire de Samaranch sur les jeux de Pekin est trop lourde pour que ce changement s'opère cette année. Non, la Chine ne changera pas, et il nous faut alors prendre le Président du CIO au mot : exiger une totale liberté des 25 000 journalistes accrédités, dans et hors des enceintes olympiques, à Pékin comme au Tibet, pour que l'opinion publique mondiale s'éveille à la réalité de la Chine, et presse les gouvernements du monde à réagir enfin. C'est le respect de cette exigence qui doit conditionner la position de la France et des européens, car c'est bien la dernière - et seule - bonne raison de s'y rendre.

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j-m bouquery 29/03/2008 15:02

"Morale de l'ambiguité". Nous y voilà bien tous, bons apôtres.Ah si la Chine pouvait exploser en 12 pays, et puis l'Inde autant.! Nous exonérant d'avoir pressé le papier de leur créance et d'avoir renoncé à l'Europe dont le monde a besoin.jmb