Présidentielles : la chasse aux maires est ouverte !

Publié le par Fred

A chaque approche d'élection présidentielle (ce n'est que dans 15 mois, l'auriez-vous deviné ?), c'est le même rituel. Chaque maire, chaque conseiller général, chaque conseiller régional... bref, tout ce que la France compte d'élus de tout poil reçoit un ou plusieurs courriers émanant de partis politiques plus ou moins improbables leur expliquant l'importance de leur rôle dans l'exercice de la vie démocratique. Selon leur sensibilité ou la qualité des fichiers marketing de ces partis, certains vont se voir vanter l'engagement d'untel pour la ruralité, la sécurité, les valeurs familiales, ou la lutte contre le capitalisme... Et tous vont recevoir l'argument ultime : votre signature n'engage pas votre soutien, mais votre attachement à la liberté d'expression.

Instauré après l'élection de 1974 pour éviter les candidatures "fantaisistes" comme celle d'un Jean-Marie Le Pen qui recueillait alors 0,72% des suffrages, le principe des 500 parrainages pose un certain nombre de questions, que ne manque pas d'illustrer l'exemple de 2002 :

Bluff ou réalité, l'incertitude qui a pesé sur la candidature de ce même Jean-Marie Le Pen n'a pas manqué d'alimenter une campagne anti-système et de victimisation, qui ont eu un impact certain sur le score qu'il a réalisé. Face à la volonté affichée de Philippe de Villiers d'empêcher une candidature Le Pen en asséchant ses signatures, à l'intérêt de l'UMP de ne pas risquer un deuxième tour PS-FN et à la proximité d'élections municipales où les maires ne souhaiteront pas s'afficher comme soutien du FN, le risque est néanmoins réel de voir un parti représentant près d'un français sur 5 exclu du débat démocratique. Avec le risque de l'incertitude qui pèsera sur le devenir de ces millions de voix orphelines, de nature à fausser ce débat. Le même risque pèse, de l'autre côté de l'échiquier, sur la possibilité d'une candidature LCR dont les parrainages sont traditionnellement "offertes" par le PS pour contenir le score du PCF et limiter ses capacités de négociation de postes... soulignant le caractère "démocratique" de la real-politik des grands partis nantis en signataires.

A l'inverse, le système n'a pas empêché la candidature de 16 mouvements... dont 3 trotskistes, 2 écologistes, 4 anciens de l'UDF etc... Il tend donc à surreprésenter des formations qui ont un fort ancrage local du fait d'alliances avec les partis dominants (Parti radical, MPF, Cap21, MDC, FRS...). Cette floraison de candidatures est elle aussi d'autant plus dangereuse que les "partis de gouvernement" représentent de moins en moins d'électeurs à chaque élection (de 92% en 1965 à 55% en 2002... et 45% au référendum de 2005). La division instaure un "chicken game" qui fait que les deux candidats admis au deuxième tout ne sont plus nécessairement ceux qui sont les plus représentatifs. En l'état actuel des forces politiques, rien ne permet d'éliminer le risque de candidats PS, UDF et UMP autour de 13 à 15% et devancés par un FN et un José Bové d'une "union du non de gauche" à 15-18%... les 25% restants étant distribués entre 15 "petits candidats" de Villiers à Voynet, de Cheminade à Saint-Josse, de Dupont-Aignan à Dieudonné...

Tout cela est - espérons-le - de la politique-fiction. Mais pour éliminer ce risque, il nous faut imaginer un système qui permette de limiter le nombre de candidats sans éliminer des courants représentatifs de l'opinion. L'une des solutions serait de remplacer les 500 élus par 500 000 citoyens. Cela aurait pour avantage de provoquer le dialogue avec l'électorat en amont de la campagne, ce qui pourrait conduire à des programmes plus proches des préoccupations des électeurs. Le principal défaut étant alors l'organisation et le contrôle de la validité des pétitions recueillies. Pour cette raison, je suis plutôt favorable à une prise en compte des résultats électoraux antérieurs. Il est par exemple possible d'imaginer que ne pourront se présenter que des candidats soutenus par des mouvements ayant obtenu 5% des voix dans au moins une (ou deux) des cinq dernières élections organisées : législatives, régionales, cantonales, municipales, et européennes.

Sur ce critère, nous aurions alors : 1 LO, 1 PCF, 1 Vert, 1 PS, 1 UDF, 1 UMP, 1 MPF et 1 FN, soit 8 candidats représentant 78
% des voix obtenues en 2002 parmi 16 candidats... Et serait fortement incitatif à la structuration de l'offre politique non en chapelles (Laguiller ou Gluckstein ou Besancenot ?), mais en courants de pensée (la gauche anticapitaliste).

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