Stratégie d'automne

Publié le par Fred

Ce n'est pas encore la débacle, mais cela commence à ressembler à un début de panique. Après avoir admis injecter 5$ de sa fortune personnelle dans une campagne temporairement à court de liquidités, et remplacé sa directrice de campagne, Hillary Clinton a refusé hier de concéder ses récentes défaites. En substance, elle affirme que les Etats où se sont tenus des caucus (Obama en a emporté 10 sur 11) ne comptent pas puisque ce mode de désignation est contraire aux principes de la démocratie américaine ; que les états républicains (Obama en a emporté 13 sur 18) ne comptent pas parce que le candidat démocrate ne les gagnera pas en novembre ; et que les Etats où se trouve une large minorité noire ne comptent pas parce qu'Obama ne les gagné que grace aux votes noirs. Ainsi, si l'on devait s'en tenir aux critères clintoniens, elle n'aurait perdu que dans les petits Connecticut et Delaware...

Mais au-delà de la mauvaise foi, cette déclaration est révélatrice de la stratégie qu'Hillary entend mener pour gagner en novembre son ticket de retour à la Maison Blanche. Elle s'appuie sur une réalité incontestable : la stabilité et l'équilibre des positions entre Démocrates et Républicains sur la carte électorale. Entre les élections de 2000 et celles de 2004, indépendemment de la nette progression de Georges W. Bush dans le suffrage populaire, la répartition des Etats « rouges » et « bleus » est demeurée stable. John Kerry n'a gagné que le New Hampshire (Al Gore n' y avait échoué que de 7 000 voix alors que Ralph Nader l'avait privé de 22 000), et Bush n'avait repris que l'Iowa et le Nouveau Mexique, déjà très serrés en 2000. Il suffirait donc selon Clinton de ne pas perdre les « blue states », et d'en gagner 1 de plus tout trouvé : l'Ohio. Pour de nombreux analystes, la cause est entendue : victime des délocalisations de ses industries metallurgiques, automobiles et chimiques (on y trouve notamment GoodYear et Procter&Gamble), l'Ohio qui a déjà basculé aux élections de mid-term en 2004, sera démocrate à l'automne, et enverra un démocrate dans le bureau ovale.

C'est une stratégie d'automne que la campagne d'Hillary a poursuivi cet hiver, investissant l'essentiel de son temps et de son argent dans les grands bastions démocrates, persuadée qu'aucun concurrent ne pourrait lutter au-delà du 5 février si elle emportait New-York, le New Jersey, le Massachusetts et la Californie. Mais la vérité du « winner take all » de l'élection générale n'est pas celle de la proportionnelle des primaires, surtout si celui qui gagne les petits états délaissés le fait avec deux fois plus d'écart...

Mais la pire nouvelle pour Hillary Clinton, si elle devait être désignée, est la probable présence face à elle de John McCain, dont les positions atypiques sont à même de troubler un paysage que l'on pensait familier. Comparé par certains commentateurs américains à Nicolas Sarkozy pour sa capacité à incarner la « rupture »au sein d'un parti au pouvoir, McCain se démarque suffisamment de Bush pour endiguer la fuite de l'électorat latino républicain, consolidant les « swing states » de Floride ou du Nouveau-Mexique. Plus inquiétant, le succès qui est le sien auprès des indépendants peut lui permettre de faire vaciller les bases démocrates dans le New Hampshire, le Minnesota, la Pennsylvanie ou l'Oregon,que Kerry n'avait emporté que par une faible marge. Un scénario qui pourrait faire de lui le premier président républicain a n'avoir pas eu besoin de l'Ohio.

C'est de la perte de ces certitudes mathématiques que se nourrit aujourd'hui Barack Obama. Si nul n'envisage sérieusement qu'il puisse perdre New-York ou la Californie en novembre, il semble le mieux à même de contrer l'offensive de McCain sur les indépendants, et d'amener les nouveaux électeurs dans le giron bleu. Mieux, la fracture encore profonde entre le prétendant républicain et les ouailles évangélistes lui ouvre des fenêtres de tir pour emporter des états comme la Louisiane, la Géorgie, le Kansas, le Missouri ou l'Iowa, où sa campagne fut très active. Hillary calque sa route sur Gore en mieux ; Barack prétend ramener les lignes à l'élection de Bill Clinton. C'est peut-être ce supplément d'ambition qui souffle aujourd'hui dans les voiles du sénateur de l'Illinois.


Publié dans International

Commenter cet article

antoine 19/03/2008 14:04

salut !j'ouvre un nouveau blog. J'espère tenir la distance. A bientôt !http://antoineancelet.over-blog.com/

Christophe Paquien 17/03/2008 13:53

Monsieur Piriou,Votre analyse calculatrice me semble mettre de côté deux données fondamentales: la menace d'une candidature indépendante de Mickael Bloomberg et la responsabilité du vainqueur final face à la crise financière.Hillary Clinton, avec tous ses problèmes, mais surtout avec l'appareil et l'experience de son mari, est la seule à prendre en compte les 7 à 9 millions d'américains menacés d'expulsion et à proposer des mesures, certes insuffisantes pour le moment. Ce contexte me semble d'ailleurs devoir etre egalement pris en compte par des socialistes en pleine euphorie.

romain blachier 15/03/2008 23:20

un peu courte l'analyse de Clinton:le texas par exemple, caricature du red state est justement plus démocrate ces temps-ci...Clinton a intérét a donner cette analyse car elle sait être une figure déstestée par le républicain de base ce que n'est pas Obama qui, je suis d'accord avec  toi, peut gagner les indépendants.