Retraites : l'UMP fait l'aumône

Publié le par Fred

On se souvient qu'entre 1993 et 1995, Nicolas Sarkozy avait été « ministre du déficit », avec pour mission de distribuer des cadeaux pour assurer l'élection d'Edouard Balladur... Il n'a visiblement pas perdu ses « bonnes » habitudes : un mois avant les municipales et alors que les caisses sont « vides », « plus vides que vides » ou « en faillite », voici venir le chèque de 200 € aux petits retraités, dont l'on craint qu'ils aient été déçus par les premières mesures d'un candidat qui avait été plébicité par les plus de 60 ans...

Claude Guéant a beau déclarer la main sur le coeur et la larme à l'oeil que les petits retraités sont la priorité du Président, c'est une priorité récente. Le projet de loi de finances de la sécu, n'a prévu, en novembre, qu'une augmentation de 1,1% des pensions, soit un point de moins que l'inflation. Xavier Bertrand (oui, oui, c'est bien lui le ministre et pas Guéant...) avait alors justifié la rigueur en expliquant que les retraites avaient trop augmenté en 2007... Mais laissons-leur le bénéfice de la lucidité tardive pour regarder cette mesure de plus près.

D'abord, pour souligner que la définition du « petit retraité » par le gouvernement se limite aux bénéficiaires du Minimum Vieillesse, soit 600 000 personnes vivant avec 628 € par mois. Cette mesure ne s'appliquera donc pas à l'ensemble des retraités vivant sous le seuil de pauvreté, calculé par Eurostat à 817 € par mois et qui sont eux 3 fois plus nombreux. Ensuite, pour calculer que l'on est loin de l'annonce, faite par Fillon, d'une revalorisation de 5% dès 2008 de ce minimum vieillesse, puisque cette prime de 200 € ne représente que 2,6% d'augmentation annuelle. Enfin, pour rappeler que ce ne sera pas vraiment une « prime » mais, comme l'a dit Sarkozy, une « avance à valoir » qui sera donc déduite des prochaines revalorisations, une fois les élections passées. Ajoutons pour compléter que le choix du « chèque » plutôt que de la revalorisation permet de séparer le Minimum Vieillesse des autres prestations calculées légalement sur les mêmes bases, comme l'Allocation Adulte Handicapé, qui devront elles attendre encore un peu plus pour voir un début de réalisation des engagements de campagne...

On est là face à un cynisme électoral des plus inhumains, qui prend en otage les plus pauvres en leur faisant miroiter quelque aumône que le plus grand nombre ne verra pas, et les autres 2 fois moins que ce qui leur était promis.

Mais cette limitation au Minimum Vieillesse est surtout inquiétante pour l'avenir. Car si la promesse d'augmentation de 25% - mal engagée - ne devait elle aussi que s'intéresser à cela, alors le risque serait grand de transformer cette prestation sociale en « voiture balai » qui alignerait les pensions de retraite par le bas. Pour voir leur pouvoir d'achat augmenter, les retraités pauvres devront attendre d'être rattrapés par encore plus pauvres qu'eux. Pire, elle les y inciterait. Comme le RMI, le Minimum Vieillesse n'est en effet pas soumis à condition de cotisations : plus le différentiel entre ce minimum et le niveau des pensions sera faible, et plus grande sera la préférence pour un départ anticipé. Un comble pour une majorité qui prétend faire exactement l'inverse et défendre la « valeur travail » ? Pas vraiment. Une telle mesure compléterait utilement le systême de décote des lois Balladur et Fillon, pour sauver les retraites non par l'allongement réel de la vie professionnelle, mais par la baisse du taux moyen de remplacement.

Tel sera bien l'enjeu de la prochaine réforme des retraites annoncée pour le mois de mai. Non, les socialistes ne s'opposeront pas par principe contre l'allongement de la durée de cotisations. A condition qu'elle soit un droit concrétisé par le maintien effectif des seniors dans l'emploi, et non un devoir conduisant à la paupérisation du plus grand nombre et à l'explosion des inégalités.

Publié dans Economie - Social

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francois 03/07/2008 19:35

pétition pour la déstitution de nicolas sarkozy de ses fonction de président de la république, signez la pétition sur : www.antisarkozysme.com ensemble tout devient possible :) merci de diffuser largement...

laplote 10/03/2008 13:16

Mais sont-elles vraiment vides ??? Pas pour lui en tout cas, 20000 euros/mois... Pas mal !!!

Florent 18/02/2008 18:14

Yep yep yep, je rejoins totalement ce billet un poil déprimant, et en particulier (mais nous en avons déjà discuté, je pense), l'analyse de l'escroquerie à l'allongement de la durée de cotisation...  

Fred 11/02/2008 18:21

la droite entretient le mythe qu'elle finance les retraites en garantissant le niveau des pensions. L'allongement de la cotisation, dit-elle augmente le nombre de cotisants et baisse le nombre de bénéficiaires. Je conteste cette idée.La durée légale de cotisation n'est pas la durée réelle et ce pour une raison simple : le fort taux de sous-emploi chez les seniors. Ils ne prennent donc pas leur retraite plus tard, mais la prennent sans avoir complété leurs droits. Et à chaque année de cotisation que l'on ajoute, c'est un certain nombre de retraités supplémentaires sans droits complets.Le système de "décote" fait baisser leurs pensions : Si il te manque 2 années de cotisation sur 40, tu ne perds pas simplement 5% de ta pension (le temps manquant), mais il faut y ajouter 5 points de "décote" par année manquante. Soit au total 15%. C'est donc essentiellement en baissant les pensions que l'on finance le système. Depuis les années 70, le "taux de remplacement" (c'est à dire le pourcentage de ton salaire que tu touches à la retraite) est ainsi passé de 85% à 72% pour un ouvrier. Ceux qui partiront en retraite en 2020 ne toucheront plus de 66% de leur salaire.D'où la necessité de garantir le maintien dans l'emploi des seniors (pour que l'allongement soit une réalité et pas simplement une obligation légale) et de prendre en compte la pénibilité pour permettre un départ plus tôt pour ceux qui ne pourront plus trouver d'emploi à cet âge (typiquement, on embauche pas de soixantenaires dans le bâtiment...)

blandine 11/02/2008 09:38

Je ne comprends rien à l'avant dernier paragraphe : système de décôte ? taux moyen de remplacement ? comme ma retraite est dans très très longtemps, je ne connais pas vraiment le sujet.   D'ici là j'espère que les occidentaux seront redevenus raisonnables et ne penseront plus tout financier comme le laisse espérer le virage à gauches des USA....