Relancer l'Europe ! Mais comment ?

Publié le par Fred

Depuis bientôt huit mois que les peuples français et néerlandais ont rejeté le traité constitutionnel européen, l'Europe est en panne. Elle l'était en réalité déjà bien longtemps, faute d'ambition, d'idées nouvelles et de leader. Mais elle voyait dans ce nouvel outil  un moyen de relancer la dynamique... C'est raté. Le dernier sommet européen a montré dans ce qu'il a de plus caricatural l'abandon de tout projet collectif : France arc-boutée sur ses subventions agricoles, Royaume-uni accroché à son chèque... le tout dans un consensus général pour contenir toute vélléité de budget à la hauteur des défis posés par la mondialisation.

 

Pourtant, indépendamment de ce que l'on pense des politiques de l'Union, son existence même est incontournable pour espérer peser sur le destin du monde. Il ya donc urgence à relancer la machine car de toute évidence, le reste du monde ne nous attendra pas. Ce rejet des politiques, et non du projet européen en lui même, a d'ailleurs alimenté le fantasme du plan B : puisque le consensus existait autour des titres I et II, il n'y avait aucun risque à rejeter le traité puisque l'on nous demanderait de revoter sur un texte épuré du titre III... Bien que d'accord sur le fond d'une constutution dénuée de toute orientation politique, j'ai toujours pensé que ce n'était pas réaliste dans le contexte européen où nombre de pays n'acceptent des transferts de souveraineté qu'une fois que l'on a négocié ce que l'Union doit en faire.

 

Pour cette raison, je pense que la proposition de Nicolas Sarkozy (promis, un jour j'arriverai à ne pas le citer !!!) d'appliquer ce fameux plan B, sans même demander l'avis du peuple pour valider cette interprétation du rejet initial, n'est pas seulement antidémocratique. Elle est de ces promesses qui n'engagent que ceux qui les croient. Pour ma part, je pense que la question constitutionnelle, bien qu'essentielle à 25, doit rester tabou durant un temps nécessairement long : le temps de créer les conditions favorables à son adoption. Cela ne passe pas par un mécano institutionnel autour d'un nouveau compromis introuvable. Mais suppose de lever les objections des peuples face à l'europe, de redonner confiance dans un projet collectif pour - à terme - faire progresser une conception fédérale. Il sera alors temps de doter l'Europe d'une "vraie " constitution apolitique.

 

Etant en tout point d'accord sur le texte rédigé en ce sens par diverses personnalités du PSE (DSK, D'Alema, Rasmussen, Almunia...),je vous renvoie vers ce programme-argumentaire et le résume ici en 3 points :

 

1. L'Europe ne sera pas légitime tant qu'elle ne sera pas efficace dans le domaine de l'emploi. Cela passe par deux grands volets : un volet budgétaire avec des investissements massifs dans l'éducation, l'innovation, les infrastructures (et j'ajouterai personnellement le développement durable), et un volet monétaire avec un véritable pilotage de l'euro qui n'a aujourd'hui pour seul objectif la lutte contre l'inflation.

 

2. L'Europe ne sera pas légitime tant qu'elle ne créera pas de droits sociaux partagés par tous. Je note en particulier dans ce chapitre l'exigence d'une "sécurité sociale professionnelle", c'est à dire le droit à la formation tout au long de la vie déjà abordé ici.

 

3. L'Europe ne sera pas légitime tant qu'elle sera opaque. Une réforme du mode de scrutin du parlement européen (sur des listes continentales) et l'obligation pour le conseil de désigner le président de la commission au sein de la majorité parlementaire élue me semblent là aller dans le sens d'une vie démocratique avec des débats trans-nationaux et un plus grand contrôle du peuple sur ce que ses députés européens font de leurs mandats.


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brigetoun 19/01/2006 21:41

oui  je trouve que leur prise de position (surtout Rasmussen) est la bonne nouvelle de la semaine.
j'espère que seuls les français accordent de l'importance à Sarkozy
 

alicia 19/01/2006 12:37

Merci Fred de synthétiser aussi bien et aussi régulièrement les idées progressistes de gauche, tout apportant une contribution majeure,  c'est un boulot énorme. Oui l'Europe est en panne et peu de monde essaie de la faire redécoller. La contribution du PSE est intéressante, Si un projet de constitution reprenait ces 3 axes, le OUI passerait-il ? J'en doute parfois, étant donné les crispations anti-profuctives qu'a créé le dernier référendum. DSK commence à créer un buz intéressant autour de ses idées et de sa candidature.