Par idéologie

Publié le par Fred

Xavier Darcos a démontré son grand sens de l'humour en déclarant que les maires qui n'appliquent pas son service minimum à l'école sont guidés « par l'idéologie ». Lorsque l'on sait que seules 2 000 des 22 500 communes disposant d'une école sur leur territoire l'ont appliqué le 24 janvier, c'est faire grand honneur à la gauche que de lui attribuer idéologiquement 90% des villes de France, dont l'une est gérée par le fondateur de l'UMP, Alain Juppé. Ce refus n'a de surcroît rien de surprenant : le texte du ministre de l'éducation n'oblige aucune ville à le prévoir, se contentant de créer pour les collectivités une incitation financière. On imagine bien ce qui se produirait si la gauche disait que le mariage des homosexuels est autorisé, mais uniquement dans les villes qui le souhaitent... D'ailleurs, même lorsque la loi prévoit une obligation, comme la construction de logements sociaux, les maires de droite s'y soustraient, arguant que c'est légal puisqu'ils paient les amendes (suivant la même logique, il serait légal de tuer si l'on va en prison). 

De quoi s'agit-il ? La circulaire du 8 janvier 2008 demande aux académies de « proposer » aux « communes volontaires » de mettre en place un service d'accueil des enfants dans les écoles. Service dont la mairie sera dédommagée par le ministère, à hauteur de 90€ par jour et tranche de 15 élèves, financés par les retenues sur salaire des grévistes.Cela pose évidemment des questions de principe, parfaitement résumées par le crypto-trotskiste Jacques Pelissard, président UMP de l'Association des Maires de France, qui y voit « une conception originale du service minimum par report de la responsabilité de l’Etat sur des acteurs étrangers aux conflits ayant conduit à la grève ». Il a d'ailleurs lui-même refusé sa mise en place dans sa ville de Lons-le-Saulnier, par idéologie, donc.

Evidemment, il est politiquement opportun de laisser penser les maires de gauche laissent les enfants à la rue, à moins de deux mois des municipales... Mais il faut tout de même rappeler quelques réalités : d'abord, on ne dénombre que trois jours de grève par an dans les écoles, sur 180 jours d'accueil effectif des enfants. Le taux de grévistes s'y élève en moyenne à 40%, avec des pointes à 65% pour les mots d'ordre les plus mobilisateurs (retraites en particulier). Dans l'essentiel des situations, les écoles demeurent donc ouvertes et les enseignants non-grévistes prennent en charge les élèves de leurs collègues. Il peut néanmoins survenir qu'une école ferme et que les parents soient invités à ne pas y amener leurs enfants, au plus tard 24 heures avant le début de la grève. Mais là encore, les municipalités n'ont pas attendu Xavier Darcos pour organiser ici des services de garderie, ou là la prise en charge des élèves par les écoles voisines. Enfin, c'est faire insulte à la déontologie du corps enseignant que de laisser croire qu'il livre les enfants à eux-mêmes : les grévistes organisent en effet une présence à l'entrée de l'école aux heures d'ouverture, afin d'informer les parents qui s'y rendraient et de trouver des solutions dans les situations les plus difficiles, lorsqu'un enfant se présente seul et que ses parents ne sont pas joignables.

Si le mal peut donc paraître relativement marginal, le remêde lui, a tout d'une usine à gaz. Dans une conception très particulière de l'autonomie des collectivités, la circulaire Darcos invite par exemple les maires à s'engager avant même que les conseils municipaux aient pu délibérer... Une légitimité démocratique qui semble pourtant indispensable pour engager des négociations ardues sur le terrain. Il est déjà délicat d'obtenir des fonctionnaires territoriaux qu'ils acceptent de « briser » une grève de fonctionnaires d'Etat, mais encore faut-il savoir où on va les chercher, comment on les forme à l'accueil et à l'encadrement de groupes d'âge scolaire (les parents ont me semble-t-il droit aussi à des garanties sur ce point), ou comment on organise d'autres « services minimums » dans les services publics que l'on aura ainsi dépeuplés, le tout sans prendre le risque de contagion de la grève... Ou pour conclure avec l'innénarable gauchiste Pélissard, « on ne sait pas faire »Un aveu de pragmatisme qui suffit à résumer de quel côté les décisions sont prises « par idéologie ».

 

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